« Comme jeune prêtre, on se croit souvent capable de refaire le monde»

[Pourquoi je suis devenu prêtre] : Chaque semaine, un prêtre, un religieux ou une religieuse, un catéchiste, explique à La Croix Africa son choix de vie. Cette semaine, c’est au tour du père Émile Sessouma du diocèse de Bobo-Dioulasso, au Burkina Faso de se prêter à l’exercice.

Pouvez-vous vous présenter ?

Je suis le père Émile Sessouma de l’archidiocèse de Bobo-Dioulasso au Burkina Faso. Je suis originaire de l’une des paroisses les plus rurales du diocèse, Notre Dame des champs de N’Dorola. Je suis devenu prêtre le 9 juillet 2011. Depuis lors, j’ai servi à l’aumônerie des étudiants et des lycées et collèges mais également à l’archevêché, comme secrétaire épiscopal. Ces deux dernières années ont été marquées par un approfondissement en théologie dogmatique à l’Université catholique de l’Afrique de l’Ouest à Abidjan. Pour solder ce cycle, j’ai écrit un essai christologique à partir des œuvres de Mgr Anselme Sanon, archevêque émérite de Bobo-Dioulasso. La rentrée pastorale prochaine signera mon insertion dans la pastorale paroissiale que j’ai hâte de découvrir.

Qu’est-ce qui vous a poussé à devenir prêtre ?

C’est un ensemble de situations et d’événements qui permettent de distinguer l’appel que Dieu m’a insidieusement lancé. Le premier élément, c’est le contexte familial fortement marqué par la pratique religieuse. En réalité, les parents ne nous voyaient autrement que chrétiens. Pour cela, il fallait tout mettre en œuvre en créant déjà en famille les conditions d’une pratique chrétienne ‘’irréprochable’’.

Il faut aussi ajouter que je n’étais pas très habitué des milieux cléricaux. Famberla, le petit village de mon enfance, se situe à une vingtaine de kilomètres du centre paroissial. Et en dehors des tournées sporadiques des prêtres dans cette communauté, je n’avais pas d’autres occasions d’être en contact avec eux. Toutefois, je reste marqué par ces premières figures sacerdotales de mon enfance. Aujourd’hui je les associe à la sympathie et à la générosité du don de soi.

Le dernier élément, c’est mon arrivée au petit séminaire de Nasso. C’est là que tout s’est joué en huit années de formation humaine, intellectuelle et spirituelle. J’y ai relu mes premières images sacerdotales et l’Évangile m’a permis d’amplifier le caractère, don du disciple du Christ. Ainsi, au-delà des aspirations souvent désordonnées, je me suis vu saisir et m’accrocher, petit à petit, à la joie de l’amour et du service généreux à la suite du Christ. Plus tard, Saint Augustin m’a donné les mots pour l’exprimer : « Aime et fais ce que tu veux ». Voilà les événements entremêlés dans et par lesquels Dieu a trouvé le filon qui le conduisait jusqu’à moi pour son champ. On y voit comment les pas de l’homme, en n’importe quelle situation, peuvent rencontrer ceux de Dieu.

Quelles sont les joies et les difficultés de ce choix de vie ?

Pour ce qui me concerne, il y a eu, et très tôt d’ailleurs, une désillusion que j’ai d’abord vécue comme une réelle difficulté : la prise de conscience que le prêtre, malgré sa bonne volonté, est toujours en deçà de l’amour qu’il désire incarner. Or, devant la souffrance des frères et sœurs, on aurait voulu pouvoir incarner suffisamment Jésus dans sa proximité et son pragmatisme. Il y a aussi que souvent, les moyens pour l’action pastorale ne sont pas toujours au rendez-vous de la bonne volonté et des espérances. Alors la désillusion peut être fracassante si on n’a pas des assises spirituelles solides. Ce choc m’a permis de comprendre que quand Dieu appelle, il nous engage avec la totalité de notre humanité en l’accompagnant, bien entendu, de sa grâce prévenante. Pour autant, quand on fait les choses de Dieu, il faut toujours y mettre Dieu lui-même. Cela peut paraître une évidence. Seulement, comme jeune prêtre on se croit souvent capable de refaire le monde tant il y a de l’ardeur et du zèle et aussi des théories qui poussent à l’action. Cette désillusion, s’il est vrai qu’elle peut être une difficulté réelle, a été finalement quelque chose de libérateur pour moi. En effet, elle m’a assuré une prise de conscience de ma faiblesse et m’a permis de porter les autres difficultés en restant adossé au maître de ma vocation. Seul ce dernier peut faire expérimenter la vraie joie dans la mission. Cette joie est pour moi comme un indicateur sûr de l’authenticité de ma vocation et de ma mission sacerdotales. Je l’ai ressentie au contact des jeunes, dans le service auprès de l’archevêque de Bobo-Dioulasso, etc. En fin de compte, c’est bien consolant de voir comment Dieu peut user d’un petit mot, d’une action insignifiante ou d’une humble prière pour faire renaître l’espérance chrétienne. Et les fidèles me l’ont toujours bien rendu par leur amour dont je bénéficie depuis l’ordination. C’est ainsi que la joie de l’Évangile se partage et grandit. Avec cette joie, je peux encore porter la mission avec courage et espérance au-delà des nombreuses difficultés. Dieu en est loué !

Recueilli par Hortense Atifufu