« En République du Congo, aujourd’hui, l’on forme des gens qui ne sont pas qualifiés »


Le 26 juillet, la Commission Justice et Paix de la République du Congo a publié un rapport intitulé : « Pas de valorisation du capital humain au Congo sans redressement du système éducatif ». Dans ce texte d’une vingtaine de pages, cette structure de l’Église catholique fait le diagnostic du système éducatif congolais ces dernières années.

Le père Félicien Mavoungou, coordonnateur national de la Commission Justice et paix de la République du Congo explique à la Croix Africa l’intérêt d’un tel rapport.

La Croix Africa : Pourquoi la Commission Justice et Paix de la République du Congo a-t-elle rédigé ce rapport sur le système éducatif ?

Père Félicien Mavoungou : Nous vivons, depuis quelques années, une grave injustice en République du Congo. Pendant plusieurs années, nous avons connu une embellie dans le système éducatif, de nombreuses personnes venaient de la sous-région pour étudier chez nous. En plus, Brazzaville était la capitale de l’Afrique équatoriale française (A.E.F.). À ce titre, nous avons bénéficié des premières écoles au niveau de l’Afrique centrale. Pour de nombreuses raisons, aujourd’hui, l’on forme des gens qui ne sont pas qualifiés ou qui sont très peu qualifiés. Et cela se ressent dans le système politique du pays. L’éducation doit être, pour tout pays, un domaine prioritaire. Il est primordial de donner une chance à tous les enfants et à tous les jeunes d’étudier dans de bonnes conditions. Quand ils sont bien formés, ils sont capables de s’engager dans leur pays et de travailler avec plaisir. Malheureusement, depuis des années, nous notons de gros dysfonctionnements. L’Église en Afrique centrale et plus précisément en République Congo mène un plaidoyer pour l’amélioration des conditions de vie des populations. Mais comment cela peut-il se faire si l’on ne valorise pas le capital humain ? Aujourd’hui, cette valorisation se fait surtout par le biais de l’école. Une autre raison est que notre pays a inscrit l’éducation dans son plan national de développement de 2018-2022, comme un axe prioritaire. Même en temps de crise, comme le recommande le pacte international relatif au droit économique et socioculturel, le gouvernement doit prendre des mesures urgentes pour protéger certains secteurs comme l’éducation et la santé, ce qui explique notre plaidoyer pour le redressement du système éducatif dans notre pays.

Quels sont les grands constats mis en exergue dans ce rapport ?

Père Félicien Mavoungou : D’abord la formation n’est plus performante, de manière globale. Il y a énormément de plaintes, les jeunes formés ou en formation ne sont plus très qualifiés. Cela s’explique par ce que nous avons sur le terrain. Les salles de classe sont pléthoriques. Parfois, on atteint 100 ou 150 élèves par classe. En outre, depuis un certain temps, la carte scolaire n’est pas actualisée. Ce fait, il y a des gens qui parcourent des milliers de kilomètres pour aller à l’école. Les communes rurales ont grandi mais il n’y a pas assez d’écoles pour permettre aux enfants d’étudier dans de bonnes conditions.

L’autre constat, c’est l’hypercentralisation de l’administration scolaire dans notre pays.

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Si une école manque d’équipement dans une région, l’on ne comprend pas pourquoi les autorités de la ville (maire ou préfet) ne peuvent pas prendre l’initiative de la réhabiliter. Et pourquoi il faut appeler le ministre qui est à Brazzaville à 800 km.

Enfin, au regard de l’analyse du budget de l’État, l’autre constat, c’est le manque d’investissements dans le système scolaire. Les institutions internationales comme l’Unesco recommandent que chaque pays consacre 20 % de son budget à l’éducation. En République du Congo, ces investissements sont de l’ordre de 10 % et ne bénéficient pas de suivi.

Quelles sont les recommandations du Comité Justice et Paix ?

Père Félicien Mavoungou  : Nos recommandations s’adressent de manière générale aux pouvoirs publics, précisément aux parlementaires (députés et sénateurs) qui votent le budget mais bien sûr au gouvernement chargé de le rendre effectif.

Nous leur recommandons d’abord de voter un budget conséquent car même en temps de crise, le gouvernement se doit d’investir davantage dans l’éducation et la santé.

Ensuite, il est nécessaire de suivre l’évolution des projets. Nous demandons aussi aux parlementaires, quand ils font des visites pour leurs missions dans les régions, d’aller voir les écoles et de les évaluer.

La dernière recommandation est qu’il y ait une université d’État dans toutes les régions car nous avons une seule université, à Brazzaville.

Recueilli par Lucie Sarr