« Face à ces dangers, le remède le plus efficace c’est le recours à la prière et à l’appui communautaire »


[Pourquoi suis-je devenu prêtre, religieux (se)] : Chaque semaine, un prêtre, un religieux ou une religieuse explique à La Croix Africa son choix de vie. Cette semaine, c’est le père Bien Aimé Razafimahavelo, religieux malgache de la congrégation des Augustins de l’Assomption en mission à Sokodé (Togo) qui nous propose son parcours.

Pouvez-vous vous présenter ?

Je suis père Bien Aimé Razafimahavelo, religieux malgache de la congrégation des Augustins de l’Assomption plus connue sous le nom d’« Assomptionnistes ». Je suis missionnaire au Togo, dans le diocèse de Sokodé depuis septembre 2012. Curé de la paroisse Notre-Dame de l’Assomption de Komah-Sokodé, je suis né et j’ai grandi au sein d’une famille chrétienne pratiquante. L’amour de la musique sacrée et la passion du culte divin ont entretenu en moi la fidélité à l’Église et la défense de sa cause. Étant homme de foi, fier d’être chrétien, je me suis rendu disponible pour la mission du Christ et l’avènement de son règne en moi et autour de moi.
Je suis dans ma vingt et unième année de vie religieuse et ma treizième année de vie sacerdotale. Mon ordination presbytérale a eu lieu le 14 octobre 2007 à Tuléar-Madagascar. De 2005 à 2010, j’étais stagiaire, puis responsable de l’Aumônerie Universitaire de Tuléar. De décembre 2010 à septembre 2012, je faisais partie de l’équipe des formateurs au Postulat Assomptionniste à Tuléar. Et du 28 septembre 2012 jusqu’à ce jour, je suis en mission en terre togolaise.

Qu’est-ce qui vous a poussé à devenir prêtre ?

Jésus-Christ, mon divin maître ne cesse de me séduire pour œuvrer dans sa vigne. Ses innombrables merveilleuses surprises en ma faveur n’ont jamais manqué dans ma vie. Juste après la célébration eucharistique de ma messe de prémices, ma mère m’a révélé que depuis mon enfance, elle m’a consacré au Seigneur. Elle priait ainsi : « Que cet enfant que je te présente, Oh ! Mon Dieu, devienne un pasteur selon ton cœur ». J’ai ressenti en moi, à maintes reprises, cet appel de Dieu. Et ce qui m’a beaucoup touché c’était qu’à l’âge de neuf ans, juste après ma première communion, je faisais un rêve. Dans mon rêve, j’ai aperçu dans le ciel la Sainte Vierge. Elle a fixé son regard sur moi et je me mettais à genoux pour prier. Dans une profonde admiration, nos yeux se sont croisés. En me réveillant, j’ai raconté à ma grand-mère maternelle cette séquence de rêve. D’une seule réaction, elle m’a prononcé ce mot : « Mon enfant, sans doute, tu seras appelé au sacerdoce ». J’ai gardé scrupuleusement dans mon cœur ce secret vocationnel jusqu’en classe de première, le moment où j’ai intégré un groupe vocationnel assomptionniste nommé : « Assomptionniste de Cœur » ou « Ass de Cœur ». Un prêtre de cette congrégation m’a accompagné et m’a donné le goût du Christ et la passion de le suivre radicalement.

Quelles sont vos difficultés et vos joies dans ce choix de vie ?

Dans ma vie de prêtre, ce qui me tient à cœur et qui m’anime au jour le jour c’est la joie d’être appelé à suivre le Christ. Dans sa Parole, dans l’Eucharistie et à travers la vie de son Église, je découvre et redécouvre le vrai sens de la passion, de la mort et de la résurrection du Christ. Quant à moi, adhéré à sa mission, c’est embrasser la vie en vivant sa passion, mourir avec lui et sortir vivant et vainqueur du tombeau avec lui. En effet, la vie sacerdotale conserve toujours ses mystères insondables qu’on ne peut jamais totalement dépouiller. Elle est une vie de prière et de recueillement. Une vie de conversion et de sanctification. Une vie de service et de mission. Une vie de sacrifice et d’abnégation. Bref, une vie qui connait des hauts et des bas. La formation permanente que j’ai suivie durant les cinq premières années de ma prêtrise m’a beaucoup aidé à surmonter tous les risques de dérapage de la vie. À savoir la crise de cinq ans, la crise de quarantaine et de cinquantaine qui peuvent survenir au moment inattendu. Quant à moi, personnellement, je constate que c’est surtout le poids de la vie pastorale qui pèse sur les pasteurs et qui crée parfois en eux des ennuis. Et ce qui m’est arrivé une fois. Un bon plan d’action pastorale ne suffit pas pour faire avancer le règne de Dieu. Il faut des moyens. Souvent un petit manque de financement ou un moindre malentendu entre agents pastoraux et autorités compétentes suffit largement pour secouer la vie du pasteur. Face à ces dangers, le remède le plus efficace c’est le recours à la prière et à l’appui communautaire. Sinon, l’isolement est la porte de tout échec et le découragement, le boulevard de la perdition. Que le Seigneur veille sur les pasteurs de son Église.

Recueilli par Charles Ayetan, à Lomé