« Le défi majeur est de pouvoir collecter le reste des frais scolaires pour payer les salaires »


Au Togo, après trois mois de fermeture des écoles à cause de la pandémie de coronavirus, les élèves en classes d’examen ont repris les cours, lundi 15 juin. Le père Pierre Marie Channel Affognon, directeur national de l’Enseignement catholique évalue les impacts de cette crise et aborde les problèmes liés aux salaires.

La Croix Africa : Quels sont les impacts de la crise sanitaire de Covid-19 sur l’enseignement catholique au Togo ?
Père Pierre Marie Channel Affognon : L’un des impacts majeurs est lié au traitement salarial de notre personnel. Certains de nos enseignants sont payés par l’État et d’autres grâce aux frais scolaires. Cette dernière catégorie a eu des difficultés pendant la fermeture des écoles. Une subvention annuelle est octroyée par le gouvernement aux écoles secondaires confessionnelles, mais cet appui s’avère insuffisant même pour payer l’ensemble du personnel concerné en temps ordinaire. Le plus dur reste de trouver les moyens pour payer les salaires de mai et juin.
Un autre impact est le blocage de notre mission qui est d’offrir une éducation intégrale aux enfants et aux jeunes de tout rang social et de toute religion. Mais cette situation a beaucoup pesé sur nous du fait que brusquement ces enfants ont été laissés aux parents et un peu comme abandonnés à eux-mêmes. Nous avons toutefois pu organiser à leur intention des cours de révision pour les encadrer quelque peu à travers les ondes des radios catholiques.
Il y a aussi le souci de la santé de notre personnel qui, dans les directions de l’enseignement catholique, assurait un service minimal.

Comment gérez-vous le traitement salarial ?

Père Pierre Marie Channel Affognon : Nous avons pu payer les salaires de nos employés jusqu’au mois d’avril. Pour mai, à défaut du salaire entier, nous avons seulement pu payer une compensation salariale de 25 à 50 % selon les diocèses et les établissements. Le défi majeur actuel est de pouvoir collecter le reste des frais scolaires pour payer le salaire de mai considéré comme un arriéré et celui de juin en cours.
Déjà le 21 avril, notre direction a annoncé son incapacité à payer les salaires de mai et juin correspondant plus ou moins à deux mois de congé technique. Nous maintenons le dialogue avec les délégués syndicaux et ceux du personnel. Nous avons pris des mesures pour obtenir des dérogations relatives aux retards en matière de cotisations sociales et de remboursements par ceux qui sont sous prêts bancaires.

Avez-vous le soutien du gouvernement dans la gestion de cette situation de crise ?

Père Pierre Marie Channel Affognon : Nous avons déposé à notre ministère de tutelle l’état salarial mensuel des enseignants du préscolaire, primaire et secondaire. Mais à ce jour, le gouvernement ne nous a pas apporté de soutien financier pour la gestion de la situation. Nous espérons encore recevoir peut-être un soutien, non pas pour nous en tant qu’institution catholique ou en tant que religieux, mais pour des citoyens affectés par des décisions liées à la crise sanitaire.
Toutefois à la reprise des cours, nos élèves et enseignants ont reçu des cache-nez et quelques boîtes de solution hydro alcoolique sont offertes à certaines inspections.

Quelles mesures prenez-vous dans le contexte de la réouverture des écoles ?

Père Pierre Marie Channel Affognon : Nous avons équipé nos établissements en dispositifs de lave-mains et comptons sur nos partenaires pour renforcer cette mesure. Nous poursuivons la sensibilisation pour que les mesures barrières deviennent une habitude pour tout le monde éducatif. Nous réduisons au maximum les corrections des cahiers et privilégions l’autocorrection. Certains établissements entreprennent la désinfection au moins hebdomadaire des bâtiments.

Mais des inquiétudes demeurent…

Père Pierre Marie Channel Affognon : Oui, des inquiétudes existent, par exemple le maintien des disciplines sportives aux examens qui peuvent être des lits de contamination. L’on pourrait décider de les annuler en faveur des notes de classe ou d’un bonus aux candidats.
Nous convions chacun à prier, car Dieu est notre protecteur quand bien même nous devons faire notre part en respectant les mesures de sécurité sanitaire afin que la protection divine soit efficace, puis à beaucoup travailler pour réussir à l’examen.

Recueilli par Charles Ayetan, à Lomé