« Le pape François rappelle que la vie consacrée est un don de Dieu confié à l’Église »

Par le motu proprio « Authenticum Charismatis » publié début novembre et qui entre en vigueur ce 10 novembre, le pape François rend obligatoire la validation par le Saint-Siège de toute création d’un nouvel institut de vie consacrée ou d’une société de vie apostolique. Le père Georges Kalenga, canoniste et deuxième secrétaire général adjoint de la Conférence épiscopale […]

Par le motu proprio « Authenticum Charismatis » publié début novembre et qui entre en vigueur ce 10 novembre, le pape François rend obligatoire la validation par le Saint-Siège de toute création d’un nouvel institut de vie consacrée ou d’une société de vie apostolique.

Le père Georges Kalenga, canoniste et deuxième secrétaire général adjoint de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) donne à La Croix Africa son éclairage sur ce texte signé par le pape.

La Croix Africa : Que change concrètement ce nouveau motu proprio du pape François ?

Père Georges Kalenga : Le motu proprio « Authenticum Charismatis » réaffirme l’enseignement du Concile Vatican II qui recommande le discernement relativement à la création des instituts de vie consacrée et des sociétés de vie apostolique : « en ce qui concerne la création de nouveaux instituts, on doit en peser sérieusement la nécessité, ou du moins la grande utilité et les possibilités de développement ; on évitera ainsi de voir surgir imprudemment des sociétés inutiles ou dépourvues de vigueur indispensable » (Perfectae Caritatis 19).

Avec ce texte, le pape François rappelle que la vie consacrée est un don de Dieu confié à l’Église. Ainsi, la responsabilité du discernement de l’authenticité des charismes et la fiabilité de ceux qui se présentent comme cofondateurs revient à l’autorité ecclésiale. Il s’agit d’un contrôle qui doit se faire au niveau de l’Église particulière, en l’occurrence par l’évêque diocésain, mais aussi au niveau du siège apostolique par la Congrégation pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique.

Ce que le législateur a normalisé par le canon 579 du Code de droit canonique de 1983 : « Can. 579—Les évêques diocésains, chacun sur son territoire, peuvent ériger des instituts de vie consacrée par décret formel, pourvu que le Siège apostolique ait été consulté ».

La consultation préalable du Siège apostolique est une condition indispensable pour l’érection d’un institut de vie consacrée. Le pape François a rappelé cette condition par un texte datant du 4 avril 2016 au Secrétaire d’État en mettant en évidence la nécessité de la consultation pour validation du Siège apostolique pour l’érection d’un institut de vie consacrée de droit diocésain, sous peine de nullité du décret d’érection.

Cependant, on pouvait s’interroger sur la validité de la création diocésaine qui ne suivrait pas l’avis du Siège apostolique.

Le nouveau motu proprio lève le doute. Ce n’est plus une simple consultation préalable au Siège Apostolique qui est requise, mais plutôt une « permission préalable du Siège Apostolique donnée par écrit ». Telle est la grande nouveauté du motu proprio « Authenticum charismatis ». Il est bien clair que l’érection diocésaine qui n’aurait pas obtenu au préalable la permission écrite du Siège apostolique est nulle.

Cela signifie-t-il qu’il n’y aura plus d’instituts de vie consacrée de droit diocésain ?

Père Georges Kalenga : Cela ne signifie pas la suppression des instituts de vie consacrée de droit diocésain. Au contraire, le motu proprio réaffirme le statut particulier des instituts de vie consacrée et des sociétés de vie apostolique de droit diocésain dont « l’acte d’érection canonique de l’évêque transcende la seule sphère diocésaine et le rend pertinent pour l’horizon plus large de l’Église universelle » (motu Proprio Authenticum Charismatis).

Ce motu proprio a-t-il un effet rétroactif ?

Père Georges Kalenga : A lire ce motu proprio qui entre en vigueur ce 10 novembre 2020, il n’a pas d’effet rétroactif. Ce qui signifie que les décrets d’érection des instituts de vie consacrée et des sociétés portés conformément au canon 579, avant la date du 10 novembre 2020, gardent leur validité.

En Afrique, l’on compte de nombreux instituts de vie consacrée et pieuses unions créés par des laïcs au sein de communautés nouvelles et dont les dérives interrogent. Ce motu proprio peut-il être compris comme une manière de mieux les canaliser ?

Père Georges Kalenga : Le droit d’être inspiré comme fondateur des instituts de vie consacrée ou de sociétés de vie apostolique, même à partir des communautés nouvelles ou des pieuses unions, demeure intact pour tous les fidèles. Mais cette inspiration doit être contrôlée par l’autorité compétente de l’Église.

Dans le contexte ecclésial de l’Afrique, le motu proprio Authenticum Charismatis du pape François est une grande responsabilisation des pasteurs qui sont à la tête des Églises particulières pour limiter la multiplication des instituts de vie consacrée et des sociétés de vie apostolique. En effet, l’expérience de ces dernières années montre que plusieurs instituts de vie consacrée, des sociétés de vie apostolique et tant d’autres associations d’orientations charismatiques, sont fondés, notamment par des évêques, des prêtres, des religieux et religieuses, parfois en rupture de communion avec leurs propres instituts, ainsi que par d’autres fidèles laïcs, non pas pour des raisons pastorales, mais par défi. Ces simulacres de vie consacrée créées sans contrôle connaissent beaucoup de dérives et mettent en mal la crédibilité de la vie consacrée. Ce qui invite à plus de discernement pour les nouveaux instituts de vie consacrée et nouvelles sociétés de vie apostolique à naître.

Recueilli par Lucie Sarr