« L’enseignement catholique risque de vaciller si l’État ne vole pas à son secours »


L’une des mesures prises par le gouvernement sénégalais pour endiguer la propagation du coronavirus est la fermeture des écoles depuis le mois de mars 2020.

Dans cet entretien qu’il a accordé à La Croix Africa, le père Georges Guirane Diouf, directeur de l’Office diocésain de l’Enseignement catholique (Odec), évoque les difficultés de l’enseignement catholique sénégalais après la longue période de fermeture.

Comment vivez-vous, au niveau des écoles catholiques, la pandémie du coronavirus ?

Père Georges Guirane Diouf : Comme tout le monde, nous vivons très difficilement cette pandémie. Nos écoles sont très impactées par la pandémie. Le 1er impact est d’abord pédagogique, eu égard au suivi des élèves. L’autre grand impact est lié au secteur financier, puisque les revenus de nos écoles privées en général et des écoles privées catholiques en particulier viennent des écolages que payent les parents. Ces frais de scolarité nous permettent de faire fonctionner les écoles. Dans la mesure où beaucoup de parents sont en retard sur les mensualités et où d’autres mêmes opposent un refus ferme, la trésorerie des écoles est fortement impactée au moment où il faut payer les salaires. Et c’est de ce point de vue que nous avons beaucoup d’inquiétudes pour l’avenir de nos établissements. Si un soutien n’arrive pas, cela risque d’être très difficile pour nous.

Comment appréhendez-vous la réouverture des classes ce 2 juin ?

Père Georges Guirane Diouf : Nous avons beaucoup de craintes par rapport à la réouverture des classes dans la mesure où il faut protéger les enfants et le personnel qui vont revenir à l’école. Dans une autre mesure, nous avons beaucoup de difficultés à obtenir le matériel de désinfection et de protection pour nos écoles que l’État a promis. Nous redoutons une réouverture si les conditions ne sont pas totalement remplies. Nous essayons de faire ce que nous pouvons, de nous ouvrir aux autorités et de leur dire la réalité du terrain qui n’est pas ce que nous attendions.

Nous attendons tout simplement de l’État le respect de son engagement d’équiper toutes les écoles en matériel pour que le protocole sanitaire soit respecté. Il faut que toutes les conditions soient réunies pour éviter des contaminations dans nos établissements. Nous avons bien entendu les autorités dire que si un seul point de ce protocole n’est pas respecté, l’école n’ouvre pas.

Qu’attendez-vous des parents d’élèves ?

Père Georges Guirane Diouf : Nous l’avons souvent dit et redit. L’inscription dans un établissement scolaire est annuelle. Quand on inscrit son enfant, on prend l’engagement de le faire pour une année. Le contrat doit être respecté de payer pour toute l’année pour que l’établissement n’ait pas de problème par rapport à ses engagements avec le personnel enseignant. Ce qui arrive là est une situation inédite. Personne n’est fautif. Les parents doivent comprendre cela en payant pour que le personnel embauché puisse percevoir son salaire, comme dans tous les autres secteurs de la vie du pays. Ce que nous attendons, c’est vraiment que les parents comprennent cela. S’il n’y a pas de paiement, ce système qu’ils ont choisi risque de s’effondrer.

Avez-vous été pris en compte dans le soutien financier promis par l’État aux secteurs d’activité pour relancer l’économie?

Père Georges Guirane Diouf : Nous avons rempli beaucoup de formulaires et nous avons donné beaucoup d’informations pour recevoir le soutien de l’État. Mais, jusque-là, aucun soutien ne nous été apporté. Or, si nous ne le recevons pas, le système risque de vaciller. Nous attendons donc ce soutien de l’État pour pouvoir payer les salaires et honorer toutes nos charges afin que l’enseignement privé puisse continuer à avancer et à éduquer les citoyens de ce pays comme il l’a fait jusque-là.

Recueilli par Charles Senghor (à Dakar)