« Un dilemme s’ouvrait à moi, choisir entre être diocésain et religieux »


[Pourquoi suis-je devenu prêtre, religieux (se)] : Chaque semaine, un prêtre, un religieux ou une religieuse explique à La Croix Africa son choix de vie. Cette semaine, c’est le père Jean-Baptiste Labadeh, prêtre du diocèse de Lomé (Togo) actuellement en mission en France, qui nous propose son parcours.

Pouvez-vous vous présenter ?

Je suis Jean-Baptiste Komlan Labadeh, prêtre du clergé diocésain de Lomé et originaire de la région maritime, préfecture d’Agoè-Nyivé, banlieue nord de Lomé. Je suis né le 3 juin 1980, dans une famille où la foi chrétienne catholique se pratiquait en même temps que les religions traditionnelles. Je suis le 6e d’une fratrie de 7 enfants. J’ai eu mon bac en 2003 à Nyékonapoè, un quartier ouest de Lomé dont la paroisse Immaculée Conception m’enverra au séminaire. Ainsi, après un court passage à la faculté de linguistique à l’Université de Lomé, une nouvelle voie s’ouvre à moi : l’entrée au grand séminaire de 2004 à 2013, notamment la propédeutique à Notsè (Togo), puis le philosophat et le théologat à Lomé.

J’ai été ordonné prêtre le 21 décembre 2013 avec quatorze autres confrères. De 2013 à 2014, j’ai été vicaire à la paroisse saint Kisito de Tokoin-Doumasséssé (Lomé) où j’étais aumônier des étudiants catholiques de l’École africaine des métiers d’architecture et de l’urbanisme (Eamau), puis de 2014 à 2019, formateur au Petit séminaire saint Pie X de Lomé (enseignant d’Histoire-Géographie et de Grec biblique). Depuis 2019, je suis en mission fidei donum dans le diocèse de Vannes en Bretagne, en France.

Qu’est-ce qui vous a poussé à devenir prêtre ?

L’histoire de ma vocation est complexe et simple à la fois. Devenir prêtre était un rêve d’enfance mais cela ne m’empêchait pas de nourrir d’autres ambitions comme la diplomatie ou le journalisme sportif. Les années 1998-2000 furent déterminantes dans mon retour à la foi avec le jubilé de l’an 2000. En 1999, encore plus embrasé par le rêve du sacerdoce, je réalise ce que je n’avais jamais pu faire plus tôt : je deviens servant de messe à 19 ans à la paroisse Immaculée Conception de Nyékonakpoè. Voilà un lieu de recherche de Dieu et de contemplation de la vie de prêtre. Je porte ce sentiment jusqu’au lycée simultanément avec le rêve de la réussite sociale.

En 2002, en classe de terminale, j’étais troublé et basculé entre l’option sacerdotale et ma réussite dans la vie active. Mais un concours de circonstances me réoriente vers le sacerdoce : l’ordination presbytérale d’un proche religieux carme togolais, et le dialogue avec une camarade de classe qui m’interrogea sur ma vocation à la prêtrise.

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Progressivement, je prenais conscience de mon amour du sacerdoce qui devenait vif. Mais où aller dès lors ? Un nouveau dilemme s’ouvrait à moi : choisir entre prêtre diocésain et religieux, notamment la Société des Missions Africaines (SMA) dont je gardais le souvenir du zèle missionnaire du Père Gustav Klerlein. Finalement, le clergé diocésain a pris le dessus et une nouvelle page s’ouvre à moi pendant mon stage pré-propédeutique.
Mais attendant en vain des signes tangibles de vocation de la part de Dieu, je suis allé informer mon curé de ma décision d’arrêter le processus. Toutes les tentatives de me convaincre furent vaines jusqu’au jour où un songe m’a orienté vers l’option presbytérale comme prêtre diocésain de Lomé. Il a fallu alors discerner. Je suis retourné voir mon curé, le père Pierre Dovi N’Danu-Alipui qui m’a accueilli comme le père de l’enfant prodigue de l’Évangile. Il a patiemment pris le combiné pour plaider en ma faveur auprès du chargé des vocations alors que la date du dépôt des dossiers était parvenue à échéance.
Le jour où j’annonçai à ma famille mon retour sur le chemin du sacerdoce, une de mes sœurs fit remarquer : « on sent que tu es maintenant apaisé ». Et personne ne s’y opposa plus.

Quelles sont vos difficultés et vos joies dans ce choix de vie ?

Mes difficultés sont légion comme pour nos prédécesseurs dans la Révélation comme dans la marche de l’Église. Je puis citer l’appel intérieur à tuer l’orgueil, la culture constante de l’humilité pour se laisser conduire, l’exode permanent de soi-même dans la marche perpétuelle ou l’aventure de la foi, un chemin d’incertitude qui s’impose et qui s’éclaire progressivement et heureusement.
Mes joies résident particulièrement dans la gratuité de Dieu et sa fidélité, la discrète expérience de la Vierge Marie et le fait d’être simplement prêtre, lieutenant de Jésus-Christ. Je fais de merveilleuses expériences pastorales dans l’Église pour le salut des âmes. Elles font chaud au cœur.

Recueilli par Charles Ayetan, à Lomé