La mission prophétique du baptisé

Comme tous les dimanches, La Croix Africa reprend le commentaire extrait du missel « Prions en Église Afrique », édité par Bayard Africa. La méditation de la liturgie de ce dimanche nous vient de l’Abbé Pierre DIONE, prêtre du diocèse de Kaolack.

L’efficacité de la mission prophétique dépend ici d’une double condition : l’intervention de l’Esprit qui saisit le prophète Ézékiel, et son ouverture à la Parole de Dieu qu’il doi assimiler pour être apte à la transmettre aux exilés de Babylone dont il partage le sort. Quant à l’Apôtre Paul, l’écharde qui meurtrit sa chair laisse tout entendre de sa faiblesse humaine. Ses visions sont extraordinaires. Mais il sait qu’il demeure vulnérable, exposé à des situations angoissantes et aux manœuvres de ses détracteurs. Son choix de s’en remettre au Christ lui vaut ce motif d’assurance et de persévérance : « ma grâce te suffit ».

Toutefois, Paul est le disciple de Jésus qui, lui-même, a été confronté à l’hostilité et à la défiance de certains de ses contemporains. Bien qu’ayant reconnu sa sagesse et entendu parler de ses miracles, ses concitoyens de Nazareth se ferment à son message, ne voyant en lui qu’un simple fils de charpentier.

En pensant aux migrants africains qui mettent le cap vers des horizons chargés de risques, en quête d’une vie meilleure, en entendant ce que nous disent les médias au sujet du sort réservé aux sans papiers, nous pouvons nous faire une idée de la condition des exilés de Babylone. Mais le déplacement et le ballottage entre le mauvais et le pire ne sont pas que géographique, ils peuvent se vivre dans le coeur de chacun. Hélas, de nos jours les motifs de déception ne font pas défaut en Afrique. Mais c’est au coeur de conditions difficiles et conflictuelles que l’Église doit assumer sa vocation prophétique. La persécution des chrétiens est d’actualité dans notre continent, faisant faire aux victimes l’expérience de la faiblesse humaine. Leur situation n’est pas sans similitudes avec celle des exilés. C’est donc en se nourrissant de la Parole de Dieu qu’ils pourront rendre raison de leur foi, et assumer leur vocation prophétique avec courage et persévérance.

L’Église ne se limite pas au Pape et aux Évêques qui, dans la collégialité dénoncent les injustices sociales et mettent en garde contre les politiques liberticides et les lois déshumanisantes. Il revient aux fidèles laïcs d’investir l’ordre temporel pour, le cas échéant, se dresser contre la corruption et autres formes d’injustices sociales qui entravent les économies de nos Pays et y accentuent pauvreté et misère. Ceux qui font ce pari s’exposent alors à la défiance d’une oligarchie féroce. Pour faire face aux Nabuchodonosor de notre temps affectés par la boulimie du pouvoir, la grâce du Seigneur devra leur suffire. Encore faudra-t-il qu’ils assimilent la Parole de Dieu et fréquentent assidûment les sacrements. Que Saint Joseph qui aime Jésus « avec un cœur de Père » et qui l’a initié à son métier, nous apprenne à faire de nos engagements le moyen d’aimer et de servir notre prochain ainsi que le lieu et l’occasion de glorifier Dieu.

Abbé Pierre DIONE
Prêtre du diocèse de Kaolack (Sénégal)