Face aux exactions des groupes armés dans le Liptako-Gourma, Ousmane Amirou Dicko, émir du Liptako, également président du Conseil des chefferies coutumières et traditionnelles du Sahel, croit en la possibilité de la paix.

La Croix Africa : Votre localité est ciblée par des groupes armés. Comment vivez-vous ?

Ousmane Amirou Dicko : Ma responsabilité quotidienne est la consultation. Je reçois les gens, j’agis en psychologue, j’écoute les doléances et j’intercède. Nous vivons la situation actuelle avec beaucoup de résilience.

L’émirat du Liptako a été fondé en 1809 par un groupe venu de l’empire du Macina, sous l’impulsion du sultan de Sokoto [nord du Nigeria NDLR], Ousmane Dan Fodio. Nous sommes dans la zone des trois frontières Burkina-Niger-Mali qui subit les aléas climatiques et des conflits de toutes sortes. Nous savons que tout ça est dû plus aux facteurs exogènes qu’endogènes : problèmes climatiques, conflits d’accaparement des ressources naturelles et présence des terroristes depuis le démantèlement de la Libye.

Avez-vous l’impression qu’il s’agit d’un conflit religieux ?

Ousmane Amirou Dicko : Non, il n’y a pas de conflit religieux en tant que tel. Je crois qu’il peut y avoir une connotation religieuse. Dire que l’on fait quelque chose au nom de la religion est devenu fonds de commerce.
Nous avons créé une association interreligieuse dans la région de Sahel – l’Union de Foi des croyants de Dori (UFC-Dori) – pour encourager le dialogue interreligieux au niveau local. Nous n’avons jamais rencontré de conflit interreligieux, mais nous avons des conflits intra-confessionnels dus aux sectes. Chaque religion a ses « fous de Dieu », chacun à son territoire à défendre. Mais nous les invitons à discuter.

Avec l’attaque de Solhan, sont apparus des terroristes de 12 à 14 ans et des femmes. Qu’est-ce que cela suscite en vous ? Êtes-vous pour la négociation ?

Ousmane Amirou Dicko : Il n’est pas rare de voir des enfants parmi les assaillants armés maintenant. Pour éviter cela, la sensibilisation est primordiale. Pour ce qui est du dialogue, tout conflit finit toujours par le dialogue. Mais la question est la suivante : n’a-t-on pas déjà négocié par le passé ? Si cela a déjà été fait, il faut utiliser le même canal pour y arriver, afin que les communautés puissent se retrouver. Mais après la négociation, il faut repenser le contrat social, il faut traiter les causes.

Je suis prêt à soutenir les négociations, à condition que les autorités légales assument et respectent les accords qui seront signés. Car négociation veut dire céder et récupérer quelque chose. Dans tous les cas, nous avons perdu de proches. Ce sont nos enfants qui meurent et l’on n’a pas le droit de les laisser mourir.

Pourquoi la situation perdure-t-elle ? D’où viennent les armes ?

Ousmane Amirou Dicko : Comment se fait-il que les armées du Burkina, du Niger, du Mali, et de la France n’arrivent toujours pas à en finir avec un groupe terroriste de quelques milliers de personnes, sur une superficie à plus de 300 000 km2, notamment au nord-est du Burkina et dans la zone du Tilabery, juste le Liptako-gourma ? Lorsque l’on aura la réponse, on pourra s’intéresser à l’origine des armes. Ce qui est sûr, il y a plusieurs groupes armés.

La situation est préoccupante, il y a trop d’exactions et de déplacés internes, sans bétail, sans champ pour cultiver. Il faut une trêve au nom de la santé des populations, des personnes sans domicile en cette saison pluvieuse. Il faut que l’on travaille ensemble pour amener la paix.

Recueilli par Kamboissoa Samboé (à Ouagadougou)