Quelques semaines après l’Assemblée plénière de l’épiscopat du Burkina Faso Mgr Laurent Dabiré, évêque de Dori et président de la Conférence épiscopale Burkina-Niger, revient sur la question des attaques terroristes.

La Croix Africa : Après le massacre de Solhan comment vivent les communautés chrétiennes dans le diocèse de Dori ?

Mgr Laurent Dabiré : Le diocèse de Dori se remet tout doucement du choc après le massacre de Solhan. Il a relancé le débat sur la lutte de notre pays contre les groupes terroristes. Il faut noter que depuis lors, les communautés chrétiennes de la province de Yahga sont davantage limitées dans leurs mouvements. La peur de se rassembler, même pour le culte, est palpable chez de nombreux fidèles. On ne peut plus aller partout. Il faut tenir compte des facteurs sécuritaires. Il est vrai que Dieu nous protège, mais nous ne sommes pas dispensés de nos responsabilités à l’égard de notre propre sécurité, en prenant les moyens à notre portée pour nous mettre à l’abri du danger.

Lors de l’attaque de Solhan, il y a eu quatre victimes parmi les chrétiens qui ont été enterrés dans les fosses communes sans distinction de religion ou d’ethnie. Il est ressorti que parmi les assaillants de Solhan, il y avait beaucoup d’enfants âgés de 12 à 14 ans. On signale également la participation de femmes. L’implication des enfants dans cette crise indique que la situation est montée de plusieurs crans dans sa dangerosité. L’intervention des femmes sur le théâtre des attaques est également très inquiétante.

La Conférence épiscopale Burkina-Niger s’est montrée dubitative concernant l’efficacité de la présence de forces étrangères au Burkina Faso, dans son communiqué du 11 juin. Qu’est-ce qui explique cette réaction ?

Mgr Laurent Dabiré : Nous sommes dans une situation difficile, en nous basant sur les constats et les ressentis des populations, nous sommes perplexes par rapport au dispositif sécuritaire. Il y a plusieurs forces étrangères qui sont engagées sur notre territoire comme ailleurs dans les pays du Sahel. C’est vrai qu’il ne faut pas lancer la pierre à qui que ce soit, mais nous pensons que notre système sécuritaire est à revoir comme le Président de la République l’a, lui-même, reconnu.

Nous sommes en droit de se demander si tout ce dispositif sécuritaire est suffisant et fonctionne bien au regard de tout ce qui se passe. C’est pour cela que les évêques ont voulu sonner, encore une fois, l’alarme pour dire qu’il est urgent de prendre toute la mesure de la situation. C’est d’ailleurs ce que pensent les Burkinabés, si j’en crois les médias. Le président de la République a dit qu’on doit mieux faire. Et c’est tant mieux pour le pays puisque tous les citoyens sont d’accord sur le fait qu’il faut réagir à la hauteur de la menace.

Puisque la solution armée semble inefficace contre l’hydre terroriste, faut-il maintenant instaurer un dialogue avec les djihadistes ?

Mgr Laurent Dabiré : L’idée du dialogue n’est pas mauvaise. Il convient cependant de savoir qu’est-ce qu’on y met, quels en sont les objectifs et avec qui exactement entend-on dialoguer. Mais si le dialogue dont on parle remet en question les fondements de notre société, la diversité ethnique et religieuse, la laïcité, la liberté religieuse, la démocratie, il est clair que le mot dialogue devient impropre pour qualifier ce genre d’exercice.

En ce qui concerne le Burkina Faso, on se demande avec qui dialoguer et où dialoguer ? On a vu dans des villages des chefs coutumiers et religieux discuter avec des groupes terroristes pour trouver un terrain d’entente, cesser les hostilités, se réconcilier et reprendre la vie commune en toute fraternité et solidarité dans les localités concernées. Nous ne pouvons que souhaiter ce genre d’événements. Mais le terrorisme va au-delà de ces groupes locaux avec lesquels il est heureux de pouvoir enfin parler. Si l’on considère le terrorisme dans sa dimension transfrontalière et internationale, les choses ne sont plus les mêmes. Dans quelle mesure des contacts sont-ils possibles, de quelle manière peut-on dialoguer et avec quels termes d’échange peut-on aller à une éventuelle table de négociation ?

Recueilli par Kamboissoa Samboé à (Ouagadougou)