Chaque mois, La Croix Africa reprend la chronique « Ma foi d’Africain », de Prions en Église Afrique, le missel mensuel de prière édité par Bayard Africa. Prêtre du diocèse de Pointe-Noire, au Congo Brazzaville, le père Paulin Sébastien Poucouta est docteur en théologie biblique et en histoire des religions. Pour ce mois de juillet, il aborde la question de la gestion financière à la lumière de l’Exhortation apostolique « Africae Munus » du pape Benoît XVI.

Après « Ecclesia in Africa », Exhortation Apostolique post-synodale du Pape Jean-Paul II, « Africae Munus » Exhortation Apostolique post-synodale du Pape Benoît XVI revient sur la question de l’autofinancement, sous l’angle de la bonne gestion. Cet appel se concentre au paragraphe 104 et mérite une grande attention.

Témoigner de la bonne gouvernance

La bonne gouvernance à laquelle Africae Munus appelle avec insistance les responsables de nos peuples et de nos institutions est d’abord le fait des pasteurs et de leurs collaborateurs. Tous doivent être des modèles de bonne gestion financière et de transparence. Alors, le message de l’Église sera crédible et percutant. Cette interpellation si vigoureuse s’adresse aux évêques, aux premiers responsables des diocèses, pour en montrer l’importance. Mais à travers eux, et avec eux, Benoît XVI vise les divers acteurs de la mission : « (…) Pour que votre message soit crédible, faites que vos diocèses deviennent des modèles quant au comportement des personnes, à la transparence et la bonne gestion financière. Ne craignez pas d’avoir recours à l’expertise des audits comptables pour donner l’exemple aussi bien aux fidèles qu’à la société tout entière. Favorisez le bon fonctionnement des organismes ecclésiaux diocésains et paroissiaux tels qu’ils sont prévus par le droit de l’Église » (Africae Munus, 104).

S’ouvrir à la spiritualité de l’audit

Africae Munus demande donc aux évêques de pratiquer les méthodes de gestion transparente qu’ils recommandent aux décideurs socio-politiques. Pour une des rares fois dans un document officiel de l’Église, il est question d’audits financiers. Ceux-ci doivent devenir un organe normal et régulier de l’administration financière et humaine de l’Église. Cela permet de voir si le cap annoncé en début d’exercice a été tenu ou s’il faut le rectifier. De plus, les nombreuses compétences dont dispose l’Église parmi les laïcs, ainsi que les organes comme Justice et Paix, peuvent y contribuer fort efficacement. L’audit, en tous les domaines, aussi bien matériel qu’humain, n’est ni un épouvantail ni un règlement de comptes. Bien au contraire, il entre dans une spiritualité de conversion. Il permet une remise en cause incessante de nos connaissances et de nos pratiques de gestion financière et humaine. C’est pourquoi, les audits doivent se pratiquer régulièrement dans les paroisses, les organes ecclésiaux, les communautés sacerdotales et religieuses.

Élaborer un plan pastoral et financier

Bien sûr, il ne s’agit aucunement de s’enfermer dans une administration paralysante. Néanmoins, la bonne gestion financière et le bon fonctionnement des structures ecclésiales permettent un meilleur service de la mission évangélisatrice de l’Église. C’est en ce sens qu’en 2008, à Bangui, les Évêques de l’ACERAC (Association des Conférences Épiscopales Régionales d’Afrique Centrale) avaient tenu leur huitième assemblée plénière autour du thème « la bonne gestion des biens et des personnes ». Préparée par des experts financiers et des juristes de l’Institut Catholique de Yaoundé, cette rencontre entendait proposer un plan financier et humain aux Églises de l’ACERAC. Il devait permettre une gestion rigoureuse des Conférences Épiscopales, des diocèses, des paroisses et autres organismes d’Églises. À l’Assemblée plénière de Libreville, en 2011, ce plan financier fut annexé au plan pastoral, formant un tout. Même si sa concrétisation demeure laborieuse, les évêques y voient un organe indispensable pour parvenir ensemble à l’autonomie financière tant recherchée : « Le problème de l’autonomie financière est d’abord celui de la mise en place des structures et des moyens de production des biens. Le plan pastoral de l’ACERAC, issu de cette Plénière, nous permettra de revitaliser les structures de gestion de nos Églises, de planifier la gestion des ressources, en vue du bien commun. Pour cela, chacune de nos Conférences Épiscopales va se doter d’un plan stratégique intégrant, afin de guider l’évaluation et le suivi de nos orientations » (ACERAC, Libreville 2011, 9).

Père Paulin Sébastien POUCOUTA
Docteur en théologie biblique et en histoire des religions
Diocèse de Pointe-Noire/Congo Brazzaville