Faut-il envoyer des missionnaires dans les zones dangereuses ? C’est la question que pose La Croix Africa, pour ce mois de juillet, à des prêtres qui accomplissent leur mission dans des régions touchées par le terrorisme. À cette question, l’on peut adjoindre une autre : comment protéger les missionnaires et laïcs dans les zones minées par le terrorisme ?

Le Burkina Faso est touché par des attaques terroristes depuis 2015, dont certaines visaient directement des communautés chrétiennes. L’est et le nord sont particulièrement visés mais cette année, dans le sud-ouest, un prêtre a été tué par de présumés djihadistes, il s’agit du père Rodrigue Sanon, du diocèse de Banfora. Dans ce contexte, une question paraît légitime : faut-il envoyer des missionnaires dans les zones jugées dangereuses ?

Le père Étienne Bilimpo Tandamba, chargé de communication du diocèse de Fada N’Gourma, dans l’est du Burkina Faso, une zone dite rouge, propose une riche réflexion inspirée de son vécu et de celui de ses confrères. Après une description détaillée de la situation dans son diocèse, il estime qu’il est important que les pasteurs restent proches de leurs fidèles, surtout dans les moments difficiles. Mais, pour lui, il ne s’agit pas d’une proximité qui les expose et expose les fidèles. « Le vrai martyre, aujourd’hui, c’est de continuer de témoigner du Christ dans le soutien mutuel en ces moments difficiles et de prier pour le retour de la paix », précise-t-il.

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De son côté, le père Ragnangnêwendé Roger Bamogo, aumônier militaire catholique permanent de la 1re Région Militaire de Kaya, dans le centre-nord du Burkina Faso, préconise prudence et discernement et distingue des situations différentes, suivant les zones, ce qui nécessite des réponses adaptées. Il propose un apostolat ancré dans la résilience et centré « sur la prière, le témoignage personnel et collectif, les œuvres caritatives, l’animation des chrétiens qui restent, le dialogue islamo-chrétien et les relations avec les différentes composantes sociales ».

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Enfin, le père Aurélien Rukwata Kambale, prêtre du diocèse de Butembo-Beni, dans l’est de la RD-Congo et directeur de la Commission diocésaine de Justice et Paix propose une réflexion de fond sur l’insécurité dans sa région où 5 prêtres sont encore portés disparus et où une bombe artisanale a explosé dans une église fin juin. Pour lui, pour trouver une solution à l’insécurité dans l’est de la RD-Congo, il convient de réfléchir à ses causes profondes. Car les missionnaires de cette région ne pourront être protégés que si la zone est sécurisée.

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Lucie Sarr