Paul Béré est jésuite burkinabé, enseignant-chercheur à l’Institut biblique pontifical de Rome. Il est par ailleurs membre de la Commission théologique du Synode sur la synodalité convoqué par le pape et qui s’ouvre les 9-10 octobre à Rome, puis le 17 octobre dans les Églises locales.

À ce titre, il explique à La Croix Africa l’importance de cette large consultation.

La Croix Africa : Qu’est-ce qu’un synode et pourquoi un synode sur la synodalité ?

Paul Béré : Du grec, « syn » (avec) et « odos » (chemin) », le terme signifie ‘marcher ensemble’. Un synode, dans l’Église catholique, désigne une assemblée spécifique dans la marche de l’Église. On y consulte l’assemblée sur des questions particulières d’intérêt pastoral. Un synode diocésain est convoqué par l’évêque. Le synode des évêques est présidé par le pape.

En convoquant un synode sur la « synodalité », le pape François veut inviter toute l’Église à réfléchir sur la manière dont nous vivons comme « famille » et à apprendre à vivre « en marchant ensemble ». Or, l’Église en Afrique se comprend comme « Famille de Dieu ». Pour une marche harmonieuse d’une famille, elle doit se réunir et réfléchir sur son fonctionnement, ses relations aussi bien entre les membres qu’avec les voisins, les étrangers, etc. On est invité à relire notre expérience de communauté de disciples de Jésus marchant à sa suite comme si nous voyions l’invisible dans l’histoire humaine. Peut-être avons-nous cessé de le voir, de le sentir, de l’entendre marcher avec nous ? C’est en regardant notre chemin que nous pourrons le percevoir et apprendre l’art de la synodalité.

Pourquoi ce choix, demandez-vous ? La mission d’un pape, c’est d’affermir ses frères et sœurs dans la foi. Quand arrive le pape François, il trouve une communauté marchant dans la tristesse comme les disciples d’Emmaüs. Il l’invite à sortir d’elle-même en examinant ses relations dans toutes leurs diversités (en interne, avec les autres chrétiens, les autres croyants et les autres humains tout simplement). Examiner notre vie comme communauté de disciples de Jésus-Christ implique de passer en revue tous les aspects de notre vie : le service de la communauté par les disciples ordonnés, le témoignage de sainteté des disciples consacrés, l’engagement dans le monde des disciples laïcs. Déployons les implications de l’appel de chaque forme de vie et des institutions qui accompagnent la mission (écoles, universités, hôpitaux, paroisses, diocèses, conférences épiscopales, etc.) et nous verrons qu’il s’agit de passer en revue toute notre vie.

La synodalité est-elle assimilable à un processus démocratique ?

P.B : La culture démocratique a sans doute permis de sentir ce besoin à notre époque, mais il s’agit ultimement de l’écoute de l’Esprit qui nous murmure la volonté de Dieu et non la volonté du peuple. Si oui, c’est en tant que ce peuple parle dans l’Esprit Saint. Les théologiens appellent cela le « sensus fidelium » (le sentir spirituel des fidèles), c’est-à-dire la foi qui intuitionne la volonté de Dieu.

Quels sont les grands thèmes qui seront abordés au cours du synode sur la synodalité ?

P.B : En termes de thèmes, en fait, les deux documents (Document préparatoire et Vademecum) ouvrent un espace d’échanges pour que rien ne soit exclu a priori des conversations. Le synode commencera au niveau diocésain et les fruits du discernement seront repris au niveau des conférences épiscopales pour s’achever au niveau du synode des évêques autour du pape en 2023. L’évêque aura pour mission d’animer ce moment de discernement qui consiste à « écouter » – mot fondamental ! – chaque membre, quel que soit son âge, son état de vie, son statut social, etc. La communauté devra accueillir toute parole qui s’offre à elle, sans peur et sans faux-fuyants.

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Ce sera une véritable épreuve pour les sociétés où certains ne sont pas autorisés à parler parce que la coutume ou/et les jeux de pouvoir ne les y autorisent pas. Les thématiques qui intéressent la vie de la communauté devront être accueillies. Ce sera la preuve que l’Esprit Saint œuvre dans cette communauté et que l’amour mutuel constitue le lien authentique entre ses membres. Dans la dynamique de l’écoute sympathique et fraternelle, la parole de chacun offrira la thématique qui l’intéresse sur la manière dont la communauté, sous quelque forme que ce soit, marche. Qu’il s’agisse de la paroisse, du diocèse, d’une école, d’une université, d’une association, d’une communauté religieuse, etc., la parole de vérité ne devra pas être étouffée. Car c’est ainsi que l’Esprit pourra parler à l’ensemble.

L’Église africaine est en pleine croissance. Quel pourrait être son apport dans ce synode ?
P.B : Comme je l’ai dit plus haut, l’Église en Afrique bénéficie d’un héritage culturel dont elle a su faire usage pour se comprendre : la famille. En se voulant « Église Famille de Dieu », elle peut, me semble-t-il, offrir à toute l’Église sa manière propre de gérer la parole, de la faire circuler, écouter, valoriser, etc., son attention à chaque catégorie de membres (jeunes, femmes, étrangers par la confession religieuse et les origines, prêtres, religieux/ses, laïcs, etc.). On dit d’ailleurs que l’Afrique a offert au monde la philosophie de l’Ubuntu qui signifie « je suis parce que nous sommes ». Toutes les diversités que nous connaissons forment-elles une symphonie ?

Nous avons aussi un beau proverbe qui dit que « si tu veux aller vite, marche seul ; si tu veux aller loin, marche avec les autres ». En montrant comment nous « marchons ensemble », le synode apprendra de l’expérience africaine.

Je pense donc qu’en termes de manière de procéder et d’expériences, l’Église d’Afrique devrait avoir quelque chose à partager avec les autres Églises sœurs. Quant au contenu, l’exemple des solidarités dont ont fait preuve hommes et femmes au Rwanda pendant le génocide n’est pas insignifiant. Le synode de 2009 l’a bien attesté.

Recueilli par Lucie Sarr