Ils sont plus 100.000 personnes à trouver refuse au Tchad entre septembre et décembre derniers après des affrontements intercommunautaires. Plus de cinq mois après leur arrivée, les réfugiés camerounais au Tchad ne savent à quel saint se vouer.

D’après le bureau de Care international, les quelques 100.000 personnes qui se sont réfugiés au Tchad en fin d’année dernière mangent à peine une fois par jour et vivent dans le dénuement des sites « spontanés et des camps organisés » aux alentours de N’Djaména. « Personne ne mange à sa faim et beaucoup se contentent d’un repas par jour, constitué la plupart du temps de bouillie. Dans ces sites peuplés pour la plupart de femmes et d’enfants, de nombreux adultes restent plus de 24 heures sans manger, épargnant le peu de nourriture aux enfants. Les abris en paille construits rapidement en septembre et en décembre avec les deux flots de réfugiés manquent de tout, notamment de nattes à poser par terre et de marmites pour cuisiner », alerte Care international.

L’espoir s’assombrit du jour au lendemain. « Tous les soirs, avant de dormir, je me demande si nous allons survivre jusqu’au lendemain et tous les matins quand je me réveille, je remercie Dieu parce que nous sommes encore en vie », confie Hawa Kamsouloum, réfugiée camerounaise dans le site Malfana. Une situation quasi identique pour Laringam Nadjigar, âgée de 30 ans et mère de deux enfants en bas âge et dont le mari a été porté disparu. « Je suis hantée par une seule et unique idée, tous les jours j’ai peur de ne pas pouvoir ramener de quoi manger à ma famille », a-t-elle témoigné.

D’après Huguette Sekpe, Assistante au Directeur Pays de CARE International au Tchad, « les réfugiés camerounais se retrouvent dans un contexte où déjà 5,5 millions de personnes ont besoin d’aide humanitaire et dont 3,6 millions en situation d’insécurité alimentaire. Le contexte était donc déjà suffisamment délicat pour nous permettre de trouver une place prioritaire à la crise. C’est juste une crise oubliée parmi beaucoup d’autres crises ».

Pour Dr Amadou Bocoum directeur Pays de Care International au Tchad, « les conflits intercommunautaires sont assez fréquents dans le bassin du Lac (…). Les femmes et les enfants sont toujours les premières victimes ».

L’inquiétude va grandissant à l’approche de la prochaine saison de soudure qui sera plus dure qu’en 2021. « Une situation plus grave qu’en 2020, telle est l’une des conclusions du Plan de Réponse Humanitaire Tchad 2022. Ce Plan a été élaboré conjointement avec le gouvernement tchadien sous le leadership de Ocha au nom de l’équipe humanitaire pays et des partenaires. Le Plan de Réponse humanitaire a fait ressortir 6,1 millions de personnes dans le besoin, 3,9 millions personnes ciblées pour un fonds requis de 510,9 millions de dollars américains avec 134 partenaires opérationnels », informe l’organisation.

L’apport de la communauté internationale pour soutenir les réfugiés camerounais reste faible. La situation de l’insécurité alimentaire à laquelle ils sont confrontés risque, de jour en jour, de s’amplifier. En attendant d’éventuelles aides de la communauté internationale, les réfugiés camerounais font face à l’insécurité alimentaire sans l’espoir d’un prochain retour chez eux.

Par Saydou Sadjo et web Tchad