À Abidjan, la frustration des fidèles devant les nouvelles mesures de rassemblement


Les fidèles chrétiens et musulmans dans la région d’Abidjan ne sont pas satisfaits de la baisse du nombre de personnes autorisées pour les cultes. Ils estiment que les autorités s’acharnent sur les lieux de prière plutôt que d’autres endroits où les gestes barrières et mesures sanitaires ne sont pas respectés.

« Le virus se cache-t-il dans les lieux de cultes ? », s’énerve Pacôme Oulaï, un fidèle catholique du diocèse de Yopougon, dans l’ouest d’Abidjan. De nouveau privé de messe depuis dimanche 15 juin – son curé a préféré suspendre les célébrations publiques – il ne s’explique pas « pourquoi dans les banques, supermarchés, marchés, on peut se rassembler par centaines voire par milliers et pas dans les lieux de culte ».

Depuis le jeudi 11 juin, dans la région d’Abidjan, épicentre de l’épidémie en Côte d’Ivoire, le conseil national de sécurité a revu à la baisse le nombre de personnes autorisées à se rassembler. De 200 personnes maximum au mois de mai, ce nombre est passé désormais à 50 après un constat de l’explosion des cas de contamination.

En application de cette nouvelle mesure, les responsables religieux ont réduit le nombre de personnes qui peuvent participer aux célébrations. De ce fait, la frustration est encore plus grande chez les fidèles musulmans et chrétiens à Abidjan. « Déjà avec 200 personnes, des milliers de frères ne peuvent pas venir célébrer le dimanche, et voilà qu’on nous ramène à 50, déplore Yves Koné, chrétien évangélique. C’est frustrant. On veut nous donner l’impression que les offices religieux sont des foyers de contamination. »

Faire respecter la distanciation physique

Que faut-il faire ? Pour Élie N’guessan, membre d’une petite communauté chrétienne dans la capitale économique, le plus important est de faire respecter la distanciation physique. « Il y a des lieux de cultes qui peuvent accueillir des centaines de fidèles tout en respectant les gestes de barrières et la distanciation physique d’un mètre, estime-t-il. Les pasteurs, prêtres et imams sont assez responsables pour veiller au respect de ces mesures. Ce serait bien d’aller dans ce sens au lieu de donner un nombre plafond de personnes. »

Depuis le début de l’épidémie en Côte d’Ivoire et la prise des premières mesures liées au rassemblement des personnes, les lieux de cultes sont particulièrement surveillés par des patrouilles de forces de sécurité chargées de les faire respecter. En mars et avril, des églises ont été fermées par les éléments de la police dans plusieurs communes d’Abidjan, notamment à Cocody et Yopougon, pour non-respect des conditions de rassemblements. « Cela ressemble à un harcèlement quand on constate que dans les maquis, les restaurants, les transports etc.., les gens ne respectent rien sans être inquiétés alors que les églises sont visitées par les policiers tous les dimanches, commente Ange N’guetta. On a l’impression que c’est seulement pour les églises et les mosquées que le nombre de personnes autorisées pour les rassemblements est fixé. Il n’y a que dans ces endroits qu’on vérifie son respect strict. »

Les lieux de culte sont plus respectueux des mesures

Pourtant, estime Lassina Koné, musulman, les lieux de culte sont « ceux qui s’efforcent le plus à respecter les mesures du gouvernement ». « Tous les fidèles viennent avec les cache-nez et respectent le lavage des mains et la distance entre les personnes, précise-t-il. En respectant ces mesures, les chefs religieux mettent en application les principes de la foi qui demandent de ne pas mettre la vie des personnes en danger ».

Aux yeux de ce musulman résidant à Abidjan, les guides religieux devraient rencontrer les autorités pour discuter de cette question, car la prière est aussi importante que les soins dans la lutte contre la maladie. « Le médecin soigne, mais c’est Dieu qui guérit », explique-t-il.

Guy Aimé Eblotié