Au Bénin, annulation du pèlerinage marial national de Dassa à cause du Covid-19


La Conférence épiscopale du Bénin a annoncé, mardi 21 juillet, l’annulation du pèlerinage marial national cette année.

En lieu et place de ce pèlerinage qui, depuis 1954, draine des milliers de fidèles, les évêques béninois invitent les chrétiens à invoquer chez eux à la même date la Vierge Marie avec ferveur pour obtenir des grâces.

« Le pèlerinage marial national à la Grotte d’Arigbo de Dassa, initialement prévu pour se tenir du 21 au 23 août 2020, n’aura pas lieu », indique un communiqué de la Conférence épiscopale du Bénin (CEB), publié mardi 21 juillet. Cette décision, une première selon le professeur Jérôme Alladayè, historien des religions, a été prise au regard de la crise sanitaire liée au Covid-19.
Les évêques béninois exhortent cependant « tous les fidèles à prier avec ferveur Marie, Notre Dame d’Arigbo, à cette date, pour qu’elle obtienne de Dieu, comme à l’accoutumée, les multiples grâces de guérison pour les malades, de conversion pour les pécheurs, de réconciliation pour les personnes en conflit et de paix pour toutes les familles ».

Une décision appréciée à l’unanimité

« L’État a déjà les yeux rivés sur les lieux de culte et attend la moindre faille pour sévir et il ne serait pas aisé d’appliquer les mesures barrières dans un rassemblement comme ce que nous vivons à Dassa en août », justifie Athanase Gouhizoun, vice-président de conseil pastoral paroissial à Cotonou, pour qui la CEB a raison de rester prudente.

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Dans le même sens, le père Fortuné Badou, président du comité d’organisation de l’événement et par ailleurs recteur du sanctuaire qui l’héberge, joint par La Croix Africa, explique que « c’est pour éviter que ce rassemblement soit un foyer de contagion que les évêques ont pris cette décision vu que le nombre de personnes contaminées dans le pays ne cesse d’augmenter ». Le père Eric Okpeitcha, directeur de la cellule de communication de la Conférence épiscopale du Bénin estime aussi que « ce serait irréaliste de vouloir faire observer les gestes barrières à plusieurs milliers de pèlerins massés dans un même espace ».

Un pèlerinage, plusieurs enjeux

De tous les pèlerinages organisés au Bénin, ce pèlerinage marial national est celui qui draine le plus de monde, entre 70 000 et 80 000 fidèles ces dernières années. Sa genèse remonte à 1954. « L’année 1954 devait marquer le centenaire de l’événement religieux de Lourdes. La Conférence épiscopale dahoméenne décida de consacrer un endroit à la Vierge Marie, pouvant tenir le lieu de pèlerinage. Le choix fut porté sur Dassa-Zoumé pour notamment la ferveur religieuse de la population et les traits de ressemblance du lieu avec Lourdes » (1), rapporte le professeur Alladayè.

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Après 65 éditions, ce pèlerinage a fait du chemin et constitue sans doute le plus grand rassemblement religieux annuel dans le pays. De toute évidence, l’activité cristallise divers enjeux. Au-delà de sa teneur essentiellement religieuse, « sur le plan économique, écrit le professeur Alladayè, le temps de ce pèlerinage offre beaucoup d’opportunités : ventes de produits par les paysans et les artisans (…), remplissage des hôtels malgré les prix revus à la hausse, affluence dans les restaurants ».

Juste Hlannon (à Cotonou)