Au Bénin, les propos discourtois d’un dirigeant de communauté nouvelle envers un prêtre ivoirien choquent


Un direct sur le réseau social Facebook en date du 5 juin réalisé par Maxime Eliel, modérateur général de la Communauté Marie Mère de la Foi Audacieuse, un groupe charismatique, a fait polémique à Cotonou.

Des laïcs et des prêtres ont fustigé le caractère discourtois et violent des propos de ce laïc béninois qui réagissait à une passe d’armes entre un prêtre ivoirien et un prédicateur laïc.

Deux principaux reproches sont faits à Maxime Eliel, modérateur général de la Communauté Marie Mère de la Foi Audacieuse, un groupe charismatique béninois, au sujet de la publication d’une vidéo datant du 5 juin : son caractère discourtois et violent et la remise en cause de la nécessité de la formation pour le ministère de prédication des laïcs.

Le 1er juin, le prêtre ivoirien du diocèse de Yopougon, le père Hervé Marius Djadji, docteur en théologie dogmatique avait, dans une publication sur sa page Facebook intitulée « Réponse fraternelle à M. Mathias Marie Esso », corrigé les erreurs théologiques d’un post de Mathias Marie Esso, un dirigeant de groupe prière ivoirien.

Prenant vraisemblablement la défense de ce dirigeant de groupe de prière ivoirien qu’il présente sans le nommer comme « son père dans la foi et son mentor », Maxime Eliel invective ceux qui auraient manqué de respect à son « papa ». « Si vous n’êtes pas éduqués, nous, on peut vous éduquer, menace-t-il dans cette vidéo. L’impolitesse que vous avez à bavarder sur les gens parce que vous pensez que vous avez le monopole de Dieu, ça s’arrête maintenant ».

Il ajoute encore. « Moi, je n’ai pas besoin d’avoir des diplômes académiques pour expliquer de manière simple ce qu’est la parole… La Parole de Dieu, on ne va pas à l’école pour étudier ça ».

« Nous ne pouvons ne pas condamner de tels propos »

Cette sortie a suscité une indignation quasi unanime au Bénin.

« Nous devons agir vite, bien et ensemble : les propos publics de cette vidéo en réponse à une réflexion théologique qui pourrait aussi avoir ses limites, constituent une grave offense à la charité », a alerté le 12 juin, le père Rodrigue Gbédjinou prêtre du diocèse de Cotonou. Il dit s’être senti interpellé vu que l’auteur est inscrit depuis 3 ans à l’École d’initiation théologique et pastorale du diocèse de Cotonou dont il est le directeur. Il précise aussi que le mis en cause n’a jamais été assidu aux cours. Roberto Francisco de Souza, un laïc, est également intervenu en ces termes : « Nous ne pouvons ne pas condamner de tels propos qui sont contraires aux aspirations mêmes de leur auteur et jettent un discrédit sur toute la communauté qu’il a fondée ». À sa suite, dans un post largement relayé sur le réseau social Whatsapp, Fiacre do Rego, un autre laïc, a écrit : « J’ai regardé avec beaucoup de regrets, la vidéo de Maxime Eliel qui constituait sa réplique à la réponse du Rvd Père Marius Djadji ».

Remise en cause de la nécessité de former les prédicateurs laïcs

Quant à la remise en cause de la nécessité de la formation pour le ministère de prédication des laïcs faite par Maxime Eliel, le père Gbédjinou réagit vivement : « la formation théologique ne fait-elle pas appel à la science et à l’intelligence, dons de l’Esprit Saint ? Nous devons préserver le peuple de Dieu de ceux qui ont la conviction que l’Esprit Saint leur explique directement la Parole de Dieu. Ne pas le faire serait une démission et une non-assistance à fidèles en danger spirituel ». Joint par La Croix Africa, Maxime Eliel n’a pas souhaité se prononcer mais le 12 juin, sur Facebook, il a présenté ses excuses à ceux que ses propos ont offensés.

Enjeux et défis des communautés nouvelles

Il existe dans le diocèse de Cotonou 22 groupes charismatiques aux côtés de nombreuses autres communautés nouvelles. Pour le père Maurice Hounmènou, théologien, « le réveil emblématique des groupes charismatiques constitue sans aucun doute une chance pour l’Église » mais « l’actualisation de leurs potentialités et la vivification de leurs charismes doivent se soumettre à la responsabilité pastorale active de l’évêque diocésain ce qui signifie, qu’au lieu d’être des mouvements dans l’Église, ils doivent devenir une Église in motu (en mouvement) ». À ses yeux, « cela requiert qu’ils sortent de ce christianisme païen de la piété populaire qui les oppose à l’Église et crée quelquefois des scissions à l’intérieur d’une Église dont la vocation est de rassembler les hommes pour Dieu par le Christ et dans l’Esprit ».

Juste Hlannon (à Cotonou)