Au Burkina Faso, les établissements catholiques en difficulté de paiement


L’enseignement catholique au Burkina Faso compte environ 200 établissements des cours primaires et secondaires, des filières techniques et générales mais également du supérieur et des centres professionnels, soit environ 140 000 apprenants. Avec la pandémie de Covid-19, ces écoles traversent des moments difficiles.

Le père Hubert Kiemdé, secrétaire national de l’enseignement catholique au Burkina Faso s’est confié à La Croix Africa.

La Croix Africa : Comment les écoles catholiques vivent-elles la crise sanitaire ?

Père Hubert Kiemdé : Nous avons été surpris comme tout le monde au début. Nous avons subi la suspension des activités scolaires depuis le 16 mars 2020 et avons été dans l’inquiétude. Depuis l’annonce de la reprise, nous essayons de travailler dans une marche commune en suivant les directives officielles. Nous avons essayé de travailler avec les parents d’élèves pour mettre à la disposition des établissements les commodités comme le dispositif pour le lavage des mains, l’acquisition des cache-nez. Nous avons également donné des instructions aux chefs d’établissements afin d’aménager les classes pour le respect de la distanciation physique.
Durant la suspension des cours, l’inquiétude était de plus en plus grandissante quant au maintien du niveau des élèves. L’autre question est l’incidence financière de la crise. Contrairement à ce que certains peuvent penser, nous n’avions pas recueilli la totalité des frais de scolarité malgré les échéances de paiement qui étaient préétablies avec les parents. Beaucoup de nos établissements sont en difficulté de paiement. Cette réalité est accentuée par le retard de paiement des frais de scolarité des élèves que l’État a affectés dans nos établissements. Dans certains établissements, c’est presque la moitié de leurs effectifs dont les scolarités manquent. Nous vivons la fin de la crise sanitaire très difficilement.

Quelles sont les approches de solutions ?

Père Hubert Kiemdé  : La seule solution qui se présente est de faire des emprunts auprès des structures financières et auprès de toute autre personne moyennant des taux d’intérêt possibles. Avec cette seule option, il y a une perte pour l’enseignement catholique : nous n’avons pas de moyens financiers mais il faut encore emprunter et payer des intérêts par la suite. Mais puisque nous n’avons pas le choix, nous allons donc opter pour cette solution pour terminer l’année en attendant les ressources.

Avez-vous des appréhensions en ce qui concerne le déroulement des examens à venir ?

Père Hubert Kiemdé  : Les programmes n’ont pas pu être achevés partout mais, nous nous consolons parce que la plupart de nos établissements étaient quand même en avance. Dans certaines classes, le programme était fini et on organisait déjà des calendriers de révision. L’arrêt des cours demande plus de temps pour la révision. Ce qu’on aurait pu faire en deux semaines, il va falloir prévoir 3 à 4 semaines. On est quand même inquiets que les programmes ne soient pas achevés alors que les sujets d’examen étaient déjà théoriquement choisis. L’autre crainte, c’est le front social. Les trois syndicats qui n’étaient pas d’accord pour la reprise des classes font tout pour satisfaire leur cause auprès de l’État. Il y a aussi une cinquantaine de syndicats qui annoncent des mouvements d’humeur. Est-ce que tout cela ne va pas jouer sur le temps de révision et d’achèvement des cours, puis sur le temps de l’administration des examens proprement dit ?

Comment envisagez-vous la rentrée prochaine ?

Père Hubert Kiemdé : Nous prions Dieu que d’ici un mois qu’il y ait zéro nouveau cas de covid-19 et zéro cas en traitement de telle sorte que d’ici à la rentrée, on puisse mettre un peu d’eau dans le vin de la distanciation physique. S’il faut appliquer la distanciation physique dans nos écoles, je pense que ce serait impossible vu le système scolaire du Burkina Faso.

Quelles sont les nouvelles que vous avez de vos écoles situées dans les zones menacées par le terrorisme ?

Père Hubert Kiemdé : Nous avons des endroits où les écoles sont fermées de façon stable depuis un à deux ans. Dans ces zones, les parents et les élèves, pour la plupart, sont partis ; ceux qui sont restés sont déscolarisés. Pour ceux qui sont partis, certains ont pu s’inscrire dans d’autres écoles. Nous avons redéployé nos enseignants dans d’autres écoles en attendant le retour à une vie normale.

Il y a des écoles qui ont été fermées temporairement et qui ont pu rouvrir. Certaines ferment de temps en temps (pour 2, 3 jours voire une semaine) en cas d’insécurité accrue par exemple dans les localités de Bourzanga, de Titao, de Kantchari, de Djibo, etc [Dans le Nord NDLR]. Le travail continue avec beaucoup de peur.

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Enfin, certaines écoles n’ont pas fermé bien qu’étant dans des zones très difficiles. D’une part ces écoles accueillent d’autres enfants déplacés, d’autre part, ces écoles travaillent dans un esprit de sursis parce que les acteurs se disent qu’une attaque armée peut subvenir du jour au lendemain.

Tout cela joue évidemment sur la qualité de l’enseignement qui est donné. Dans des localités comme à Kaya (Centre-nord NDLR), on a constaté en mars qu’une de nos écoles avait doublé ses effectifs (600 élèves). On a dû négocier des salles au niveau de plusieurs paroisses pour mieux repartir les élèves et faciliter les cours. Cela a abouti à l’improvisation d’une nouvelle école de près de 300 élèves à la mi-mars. Ce sont ce genre de situations qui arrivent dans les écoles situées sont à la lisière des zones difficiles.

Recueilli par Hortense Atifufu