Au Cameroun, l’Église émet des réserves sur le vaccin contre le cancer du col de l’utérus

Après l’interdiction de l’administration du vaccin contre le cancer du col de l’utérus dans les diocèses d’Obala (Centre) et de Nkongsamba, dans la région du Littoral, c’est au tour de la Conférence épiscopale d’émettre des réserves contre ce vaccin. En marge de la 45e Assemblée plénière de la Conférence épiscopale du Cameroun, qui a été […]

Après l’interdiction de l’administration du vaccin contre le cancer du col de l’utérus dans les diocèses d’Obala (Centre) et de Nkongsamba, dans la région du Littoral, c’est au tour de la Conférence épiscopale d’émettre des réserves contre ce vaccin.

En marge de la 45e Assemblée plénière de la Conférence épiscopale du Cameroun, qui a été clôturée, vendredi 6 novembre, Mgr Abraham Abraham Kome, président de cette instance s’est prononcé sur l’administration du vaccin contre le cancer du col de l’utérus aux jeunes âgées de 9 à 13 ans, dans le cadre du Programme élargi de vaccination (PEV).

« Nous avons des doutes, a-t-il expliqué. Nous partons d’un principe logique. En cas de doute, il faut s’abstenir. Nous pensons que des études doivent être plus approfondies. Le comité d’éthique doit se prononcer. Ça, c’est pour rassurer les populations qui se réfèrent à nous. Nous ne sommes pas contre la vaccination, qui est une bonne chose en général, mais pour ce vaccin-là, nous avons accueilli, venant de la base, des angoisses, des crispations, des récriminations de nos populations. Et je pense que nous sommes tout à fait dans notre rôle, de dire qu’il y a des doutes qui méritent d’être dissipés, avant leur inoculation ».

Nkongsamba

Le 5 novembre, le diocèse de Nkongsamba, dans la région du Littoral avait interdit l’administration du vaccin contre le cancer du col de l’utérus dans ses écoles et structures de santé. « Je viens, par la présente, vous demander de manière formelle, de vous garder de soumettre nos enfants à ce vaccin en attendant que les évêques du Cameroun puissent donner leur accord de manière claire officiel, a écrit Mgr Dieudonné Antangana, dans une note pastorale. Par conséquent, aucune équipe médicale pour la cause ne doit être admise dans nos structures diocésaines ». L’évêque de Nkongsamba recommande « vivement au parent le refus de vaccin pour leurs enfants mais de préférence les dépistages et la soumission au traitement en cas de nécessité ».

Obala

Il y a trois semaines, c’était le diocèse d’Obala, dans le centre du Cameroun qui avait été le premier à interdire l’administration de ce vaccin dans ses structures d’éducation et de santé. Dans un texte daté du 19 octobre, le vicaire général, le père Luc Onambélé s’était opposé à l’administration du Gardasil, un vaccin destiné à prévenir certaines lésions précancéreuses du col de l’utérus et qui, au Cameroun, a été ajouté au Programme élargi de vaccination pour les filles de 9 à 13 ans.

A lire: Au Cameroun, le diocèse d’Obala interdit l’administration d’un vaccin contre le cancer du col de l’utérus

Arguments avancés

Pour justifier ce rejet du Gardasil, le vicaire général d’Obala avançait plusieurs raisons. Selon lui, le vaccin disponible contre le VPH ou Papillomaviru humain – le virus responsable du cancer du col de l’utérus – « est uniquement efficace contre les lésions précancérigènes de types 16 et 18 du VPH et non des 15 autres environ ».

Autrement dit, le vaccin utilisé au Cameroun contre le cancer du col de l’utérus serait efficace contre deux types de Papillomavirus (16 et 18) sur les 15 existants. Ce qui fait dire au prêtre-médecin que « Ce n’est pas un vaccin contre le cancer du col de l’utérus, mais plutôt contre le VPH de type 16 et 18 ou alors contre les lésions précancérigènes ».

Autre argument avancé par le père Onambélé, « presque toutes les infections par VPH se résolvent seules ». « Dans très peu de cas, le virus oncogénique persiste ». Le vicaire général d’Obala précise aussi que « le vaccin ne change pas le développement de l’infection chez les femmes déjà malades » et que « c’est pourquoi on l’administre aux filles de 9 à 13 ans ». « Pourtant, ajoutait-il, les jeunes filles de cette tranche d’âge ont été moins représentées dans les essais cliniques qui ont été menés jusqu’à présent ».

Communauté musulmane

La communauté musulmane camerounaise s’est, elle aussi, opposée à l’administration du Garsasil par le biais de l’organisation Musulmans pour la coopération et le développement (MCD) qui a appelé à une campagne contre ce vaccin.

Lucie Sarr