Au Mali, l’imam Dicko, l’homme qui fait trembler le pouvoir


Vendredi 5 juin, des milliers de Maliens ont répondu à l’appel à manifester lancé par l’imam Mahmoud Dicko fondateur de la Coordination des mouvements, associations et sympathisants (CMAS) et principale figure de la contestation du pouvoir malien qui exige la démission du président Ibrahim Boubacar Keïta (IBK).

Mais qui est cet homme qui fait trembler le pouvoir malien ?

L’imam Dicko est, à n’en pas douter, l’une des personnalités les plus influentes du Mali. Et il l’a prouvé en réunissant des dizaines de milliers de Maliens, vendredi 8 juin pour réclamer la démission du président actuel Ibrahim Boubacar Keïta (IBK).

Ce faiseur de roi, ancien président du Haut conseil islamique du Mali (Hcim), élu parmi les personnages les plus influents du continent en 2019 a exigé et obtenu, le remplacement de l’ancien premier ministre Soumeylou Boubèye Maïga, en avril 2019. Fin février après avoir durement critiqué la gouvernance du pouvoir malien, il avait convoqué une marche pour soutenir les enseignants en grève. Cela lui avait valu une convocation chez le procureur de la République. Mais face à la pression de milliers de manifestants, la convocation avait été rapidement annulée. Tiébilé Dramé, le ministre des affaires étrangère, s’était même déplacé à son domicile, selon les indiscrétions, pour présenter ses excuses. Il faudra finalement l’intercession d’un autre imam, Bouyé Haïdara, chérif de la localité de Nioro et actuel président du Haut conseil islamique du Mali (Hcim) pour qu’il renonce à cette manifestation car il « ne peut rien lui refuser ».

Et les mosquées restèrent ouvertes

Avec la pandémie du Covid-19, cet imam tenant du wahhabisme — courant sunnite rigoriste prônant le retour aux pratiques en vigueur dans la communauté musulmane du prophète Mohammed et de ses premiers successeurs — a encore montré son influence. Alors que les autorités politiques, conscientes du poids du religieux dans ce pays où 95 % de la population est musulmane, n’ont pas eu le courage d’imposer la fermeture des lieux de culte, le choix a été laissé à Dicko et ses pairs de décider. Le guide religieux a affirmé son opposition à la fermeture des mosquées arguant qu’on « ne peut pas maintenir les élections d’un côté, et fermer les mosquées de l’autre ». Et les mosquées restèrent ouvertes.

« IBK dégage »

Vendredi 5 juin, l’alliance politique de cet imam, désormais à la tête du Front pour la sauvegarde de la démocratie (FSD) qui regroupe des partis d’opposition et mouvements de la société civile a réuni des dizaines de milliers de manifestants scandant « IBK dégage ».

Lundi 8 juin, l’influent guide religieux a reçu une délégation de diplomates internationaux, notamment des responsables de la Mission de l’ONU au Mali (Minusma), de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) et de l’Union africaine (UA).

Dialogue avec les djihadistes

L’imam Dicko apparaît aussi comme un médiateur potentiel dans la crise sécuritaire que traverse le pays.

En 2017, Amadou Koufa, le chef de djihadiste de la Katiba Macina qui sévit dans le centre du Mali avait désigné Dicko comme un des hommes avec qui il serait prêt à dialoguer. « Nous souhaitons que vous nous envoyiez les oulémas [un corps d’érudits musulmans], ils sont plus à même de comprendre ce que nous voulons. Si vous nous envoyez les oulémas, ils sont les bienvenus pour discuter avec nous. Il s’agit de Mahmoud Dicko, Mahi Banikane, Cheick Oumar Dia et d’autres », avait-il affirmé. En 2012, déjà, l’imam s’était engagé dans la médiation avec des djihadistes quand le nord du pays était tombé entre les mains de ceux-ci.

Lucie Sarr