Au Nigeria, le gouverneur de l’État de Kano veut fermer définitivement les écoles coraniques


Le gouverneur de l’État de Kano, dans le nord du Nigeria a annoncé sa volonté de fermer définitivement les écoles coraniques. Déjà fermées dans le cadre de la lutte contre le coronavirus, ces écoles qui accueillent des millions d’enfants sont souvent accusées de maltraitance.

Faut-il rouvrir les madrassas après leur fermeture pour cause de coronavirus ? Dans l’État de Kano, la réponse est sans ambages, « la pandémie de Covid-19 nous donne l’opportunité de recenser les Almajaris (appellation locale des élèves des écoles coraniques), de les tester et les rapatrier dans leur famille », a estimé, selon l’AFP, Nasir Ahmad El-Rufai, le gouverneur de cet État fédéré dans le nord du Nigeria, lors d’une récente vidéoconférence sur le sujet.

En avril, à cause de l’épidémie de coronavirus, les écoles classiques et coraniques du pays ont été fermées. « Nous voulons interdire ce système. Nous souhaitons que chaque enfant soit auprès de ses parents », a ajouté gouverneur de Kano.

Au Nigeria, principalement dans le nord majoritairement musulman, les écoles coraniques sont parfois les seules auxquelles ont accès les enfants. La scolarité dans ces établissements est gratuite, mais les enfants, envoyés par leurs parents à partir de 6 ans, doivent se débrouiller pour se nourrir, s’habiller, et dorment à même le sol, sur les nattes de prière, dans des conditions extrêmement précaires et insalubres.

Plusieurs cas de torture

Depuis des années, plusieurs cas de maltraitance et de torture d’enfants ont été signalés dans certaines écoles coraniques dans les états du nord du Nigeria. Mais fin septembre 2019, la découverte de 300 enfants, torturés, enchaînés dans une école coranique où ils ont subi de multiples sévices allant jusqu’au viol, avait horrifié plus d’une personne. Deux semaines plus tard, le 14 octobre, une découverte analogue a été effectuée dans une école coranique de l’État voisin, Katsina.

Malgré tout, la volonté des autorités de fermer les madrassas se heurte aux traditions et au poids des religieux. Très influents sur la population, le monde politique et les chefs traditionnels, dans ces États où la charia – la loi islamique – est en vigueur, ces guides religieux s’y opposent vivement et dénoncent une tentative de « détruire le système traditionnel d’apprentissage du Coran ». « Ce n’est pas possible de supprimer un système qui existe depuis des siècles, du jour au lendemain », a réagi Jibril Salihu, le directeur d’une école coranique de Kano.

Reformer

Depuis dix ans, le gouvernement fédéral a introduit l’apprentissage des mathématiques, des sciences naturelles et de l’anglais dans le programme de 12 écoles pilotes de l’État à Kano, le plus peuplé des états fédérés du pays. Les élèves y sont admis gratuitement en pension complète. Le programme qui doit être élargi aux États voisins de Jigawa, Kaduna, Katsina et Sokoto a été financé à hauteur de 142 millions d’euros par l’agence britannique de coopération. Mais seule une minorité bénéficie de ces conditions exceptionnelles.

Guy Aimé Eblotié (avec AFP)