Au Sri Lanka, les politiques récupèrent la religion pour leur campagne électorale


De nombreux candidats aux prochaines élections législatives, le 5 août, utilisent des lieux religieux pour leurs meetings et exploitent les attentats de Pâques 2019. Une récupération vivement critiquée par la population.

« Les responsables politiques utilisent les lieux religieux, en particulier les grands temples bouddhistes, pour leurs meetings et leurs points presse afin d’obtenir plus de votes. » Le père Cecil Joy Perera, cité par l’agence Ucanews, est recteur du séminaire de Daham Sevana, près de Kalutara, au sud de Colombo, sur la côte ouest du Sri Lanka.

Comme beaucoup d’autres Sri-Lankais, il s’inquiète du climat dans lequel se déroule l’actuelle campagne électorale en vue des prochaines élections législatives pour lesquelles 16 millions d’électeurs sont appelés aux urnes : initialement prévues le 25 avril, celles-ci ont été reportées au 5 août à cause du coronavirus. Vingt partis politiques et 34 groupes indépendants présentent plus de 7 450 candidats pour les 225 sièges du parlement.

Candidats corrompus

De fait, la commission électorale a reçu de nombreuses plaintes à propos de rassemblements électoraux qui se tiennent dans des lieux de culte, avec l’accord des chefs religieux qui soutiennent une telle propagande politique. Au point que le président de cette commission, Mahinda Deshapriya, a dû demander « à tous les chefs de partis, les candidats et les militants politiques de s’abstenir de tenir des réunions dans les lieux de culte ».

Parmi ces très nombreux candidats, le père Cecil Joy Perera n’hésite pas à affirmer que « le plus grand nombre est corrompu, y compris chez les candidats catholiques qui corrompent davantage la culture politique déjà dégradée ». Et ce, alors qu’« ils ont été éduqués dans nos écoles catholiques et ont écouté les sermons dominicaux dans nos paroisses ».

« Les politiciens catholiques devraient s’engager dans une politique propre », souligne le recteur du séminaire de Daham Sevana, en se disant « profondément attristé et honteux » quand il apprend les « mauvaises actions » de tel ou tel homme politique catholique.

Des photos avec le cardinal

De son côté, le cardinal Malcolm Ranjith, archevêque de Colombo, s’est récemment plaint que certains candidats aient utilisé des photographies prises avec lui à des fins électorales. « En tout état de cause, ni moi ni le diocèse de Colombo ne sommes affiliés à un parti politique ou à des groupes cherchant un gain électoral », a tenu à préciser le cardinal dans un communiqué du 18 juillet.

Plus grave : des candidats s’en prennent spécifiquement à certaines religions. Athuraliye Rathana Thero, candidat du parti Ape Jana Balaa (parti bouddhiste extrémiste islamophobe), a affirmé sans aucune preuve que l’organisation musulmane Jamiyyathul Ulama était responsable des attentats à la bombe de Pâques 2019 – on sait que les neuf terroristes impliqués étaient affiliés au groupe National Thawheed Jamaat (NTJ) lié à l’État islamique (EI) – et qu’elle avait mis en place des madrasas (écoles coraniques) dans tout le pays.

Des victimes qui attendent justice

« Depuis les attentats de Pâques 2019, les attaques visant les musulmans ont aggravé les craintes au sein de la communauté musulmane, constate le père Perera. Les extrémistes bouddhistes utilisent leur influence au sein du gouvernement pour sanctionner cette communauté. Cela fait partie de leur programme raciste. »

Quant aux nombreuses victimes des attentats de l’an dernier (qui avaient fait 258 morts dans des églises et des hôtels à travers l’île), elles n’ont toujours pas obtenu justice. « Les médias racontent diverses histoires sur ces attentats, mais plus d’un an après, on n’en sait toujours pas plus », a encore déclaré le père Perera à Ucanews.

Claire Lesegretain