Au Togo, les évêques fustigent les irrégularités de la présidentielle et s’inquiètent de la recrudescence des violences


Réunis en session plénière du 16 au 19 juin, les évêques togolais ont rendu public un message dans lequel ils abordent trois principaux points : la pandémie de Covid-19, le contentieux électoral et l’insécurité.

Au sortir de leur Assemblée plénière du mois de juin qui s’est déroulée en pleine pandémie de Covid-19 – le pays compte un peu plus de 500 cas dont plus de 300 guérisons – les évêques togolais ont invité leurs compatriotes à un strict respect de mesures barrières pour endiguer la pandémie du coronavirus. Alors que l’interdiction des rassemblements publics a entraîné la suspension des cultes publics, ils ont également plaidé « en faveur de la réouverture progressive des lieux de culte dans le strict respect des dispositions préventives ».

Contentieux électoral

L’épiscopat togolais s’est ensuite appesanti sur l’élection présidentielle du 22 février 2020 qui, à ses yeux, « a été marquée par de nombreuses irrégularités qui ont plongé le Togo dans un mouvement prévisible de contestations dès la proclamation des résultats » « à l’image des autres élections qu’a connues [notre] le pays ».

Selon la Commission électorale nationale indépendante (Céni), l’organe en charge de l’organisation du scrutin, le président Faure Gnassingbè sort largement victorieux avec plus de 70 % des suffrages exprimés.

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Dans leur déclaration du 19 juin, les évêques togolais estiment que « sans une sérieuse réforme du cadre électoral en vue d’élections libres, transparentes, crédibles et paisibles, la démocratie ne peut pas réellement fleurir au Togo », de même elle ne pourra advenir « tant que la vie sociopolitique sera dominée par l’armée, que les pouvoirs législatif et judiciaire ne seront pas réellement indépendants ». Ils dénoncent en outre la corruption comme frein au développement mais également « le mensonge » « utilisé en particulier dans les médias et sur les réseaux sociaux comme stratégie de déstabilisation des personnes et des institutions » et la « ruse employée comme moyen de conquête et de conservation de pouvoir ».

Insécurité

La Conférence épiscopale togolaise s’est enfin inquiétée de la recrudescence des violences et des assassinats dans le pays. Elle cite un certain nombre de meurtres jusque-là non élucidés : « depuis ce père de famille froidement abattu dans la nuit du 22 au 23 avril 2020 à Adakpamé, à deux pas de sa maison, jusqu’au Lieutenant-Colonel, Commandant de la Brigade d’Intervention Rapide (BIR), lâchement assassiné dans son bureau dans la nuit du 3 au 4 mai 2020, en passant par ce jeune laveur de voitures tué en plein jour, le 21 mai 2020, dans une rue de notre capitale à Avédji par des forces de sécurité et de défense, pour ne citer que ces derniers cas en date ». Dénonçant l’impunité, les évêques demandent que des enquêtes soient diligentées et que « les auteurs et commanditaires soient arrêtés, jugés et punis conformément aux lois en vigueur ».

Lucie Sarr