Au Zimbabwe, les évêques dénoncent les violences gouvernementales

Dans une lettre pastorale, lue dimanche 16 août dans les paroisses, les évêques fustigent les violentes répressions des manifestations de ces dernières semaines. En réaction, la ministre de l’information a accusé le président de la Conférence épiscopale du Zimbabwe de pousser au « génocide ».

La situation politico-économique continue de gravement se dégrader au Zimbabwe. Des millions d’habitants sont en détresse alimentaire, du fait de la sécheresse, de la corruption et d’un taux d’inflation de 837 % (le deuxième plus élevé au monde après celui du Venezuela).

En outre, des dizaines d’opposants, de journalistes et d’écrivains ainsi que de citoyens ordinaires ont été arrêtées ces dernières semaines ; d’autres auraient été enlevés et torturés et beaucoup seraient contraints à se cacher à la suite d’une manifestation (interdite la veille) contre la corruption et la crise économique le 31 juillet.

Une « répression de la dissidence sans précédent »

Dans une lettre pastorale, lue dimanche 16 août dans toutes les paroisses catholiques, la Conférence des évêques catholiques du Zimbabwe (ZCBC) dénonce une « répression de la dissidence sans précédent ». La ZCBC considère que « la peur est aujourd’hui omniprésente dans la vie de beaucoup d’habitants. »

« L’appel à manifester est l’expression d’une frustration et d’une aggravation croissantes causées par les conditions dans lesquelles se trouve la majorité des Zimbabwéens, poursuit cette lettre pastorale. La répression (des manifestations) ne peut qu’aggraver la crise et plonger la nation dans une crise plus profonde. »

Le gouvernement du président Emmerson Mnangagwa a rejeté cette lettre des évêques. La veille, samedi 15 août, la ministre de l’information Monica Mutsvangwa a publié une déclaration, relayée par la télévision nationale, dans laquelle elle s’en prend en termes insultants à Mgr Robert Christopher Ndlovu, archevêque de Harare, la capitale, et président de la ZCBC.

Qualifié d’« esprit maléfique », l’archevêque est accusé de faire, « avec son troupeau d’évêques induits en erreur », la promotion d’« un génocide du type de celui du Rwanda ». Selon Monica Mutsvangwa, Mgr Ndlovu veut « attiser la psychose de la victimisation sociale » parmi les Ndebele (minorité ethnique du Zimbabwe à laquelle appartient Mgr Ndlovu), en cherchant à rendre « coupables collectivement » les Shona (majorité ethnique à laquelle appartient le président Mnangagwa).

Dans les années 1980, 20 000 Ndebele, considérés comme des opposants, avaient été massacrés dans le sud du pays par l’armée de l’ancien président Robert Mugabe, qui appartenait à l’ethnie Shona.

Le soutien du nonce

Conscient de ces enjeux, dès dimanche 16 août, le nonce apostolique au Zimbabwe, Mgr Paolo Rudelli, est venu manifester personnellement son soutien à Mgr Ndlovu et, à travers lui, à tous les évêques.

Cette attaque virulente du gouvernement contre les évêques catholiques est survenue après que la Haute Cour du Zimbabwe a ordonné aux autorités pénitentiaires de respecter les droits d’un journaliste reconnu, Hopewell Chin’ono, et ceux de l’opposant Jacob Ngarivhume, leader du mouvement Transform Zimbabwe, tous deux étant en prison depuis plus de trois semaines après avoir été accusés « d’incitation à la protestation publique et à la violence ».

Dans leur lettre pastorale, les évêques zimbabwéens regrettent aussi l’échec de la médiation proposée par l’Afrique du Sud pour rencontrer l’Église et la société civile et considèrent le refus du président Emmerson Mnangagwa comme « une occasion manquée ».

Un appel à la responsabilité

Les dirigeants « rejettent la responsabilité de nos malheurs sur les étrangers, le colonialisme, les colons blancs et les soi-disant détracteurs internes » au lieu d’assumer les conséquences de leurs actes, lit-on encore dans la lettre pastorale. « Quand allons-nous prendre nos responsabilités ? Alors que nos voisins de la région renforcent leurs institutions démocratiques, nous semblons affaiblir les nôtres. »

Le Zimbabwe demeure marqué par les 30 ans de dictature de Robert Mugabe, évincé par les militaires en 2017 et décédé en septembre 2019 à 95 ans. Outre la famine, la pauvreté, les rationnements en électricité et en eau, la population doit aussi faire face au Covid-19 : au 17 août, on comptait plus de 5 000 cas positifs.

Claire Lesegretain (avec Associated Press et Vatican News)