À l’occasion de la fête nationale du Cameroun célébrée le 20 mai, deux évêques du Cameroun ont reçu, au nom du président de la République, des décorations dans l’ordre national de la valeur. Si ce n’est pas la première fois que cela arrive au Cameroun, ces décorations suscitent un vif débat.

Mgr Bruno Ateba Edo, évêque du diocèse de Maroua-Mokolo, dans la région de l’Extrême-Nord du Cameroun, et Mgr Faustin Ndjoddo, archevêque métropolitain de Garoua, dans la région du Nord Cameroun font partis des récipiendaires de la Grande chancellerie des Ordres nationaux qui leur a attribué des médailles de l’ordre de la valeur des personnalités camerounaises le 20 mai, à l’occasion de la fête nationale.

Amadou Bello Wadjiri, un haut cadre de la présidence de la République travaillant pour la Grande Chancellerie des Ordres nationaux explique : « Il s’agit d’une distinction accordée par le président de la République du Cameroun, Paul Biya, qui, de manière discrétionnaire, a voulu distinguer ces deux évêques du Cameroun, pour le travail accompli dans le domaine d’activité ».

Décoration à titre posthume

Après son décès survenu le 3 avril, le cardinal Christian Tumi, archevêque émérite de Douala avait été décoré à titre posthume. « Dans ce cas précis, le président de la République du Cameroun a voulu, toujours de manière discrétionnaire, récompenser à titre posthume, la mémoire du cardinal Tumi, une grande figure de l’Église catholique romaine, mais aussi et surtout citoyen camerounais, parce qu’il a réussi par son parcours élogieux à honorer le Cameroun. La patrie lui est donc reconnaissante. Il en est de même pour les deux évêques qui ont été honorés de leur vivant », commente Amadou Wadjiri.

L’hommage du Cameroun cardinal Tumi

« Gilets violets »

Sur ces récompenses honorifiques les avis sont partagés. Gérard Tappou, enseignant de lycées et collèges publics et fidèle catholique du diocèse de Garoua se dit heureux que l’État récompense des évêques qui sont avant tout des citoyens camerounais. « Ces évêques font un travail exceptionnel d’évangélisation en milieu musulman, estime-t-il. Je pense surtout à Mgr Bruno Ateba Edo qui est évêque d’un diocèse où sévit Boko Haram. Il est réconfortant que le président de la République ait pensé à lui donner cette récompense honorifique. »

Louis Esso, chrétien de l’archidiocèse de Douala n’est pas du même avis. « C’est bien que l’on récompense des évêques au cours de la célébration de la fête nationale. Mais il faut récompenser ceux qui se sont distingués pour leur caractère prophétique. Pourquoi avoir oublié Mgr Samuel Kleda ? [archevêque de Douala NDLR] », s’interroge-t-il. « Est-ce que parce qu’il prend des positions qui n’arrangent pas le pouvoir politique ? »

Le père Ludovic Lado, jésuite, qui s’est exprimé sa page Facebook traite les deux prélats de « gilets violets ». « Deux de nos épiscopes se sont fait encore décorer par le régime corrompu de Yaoundé auquel on demande instamment les comptes de l’argent de Covid-19, de la CAN », ironise-t-il ajoutant que « Régime corrompu égal médaille corrompue ».

Jean François Channon Denwo (à Yaoundé)