Le père Christopher Eboka, prêtre du diocèse de Mamfé, dans le sud-ouest du Cameroun, enlevé le 22 mai par des séparatistes, a été libéré mardi 1er juin.

Le père Christopher Eboka, directeur de la communication du diocèse de Mamfé, dans le sud-ouest du Cameroun, enlevé le 22 mai, est maintenant libre. Des nombreuses vidéos publiées sur les réseaux sociaux mardi 1er juin dévoilent ses retrouvailles avec ses paroissiens qu’il remercie chaudement.

Le père Eboka avait quitté Mamfé pour une brève tournée pastorale, en vue de la Pentecôte, pour se rendre dans certaines localités dépendant de la paroisse cathédrale de Mamfé, le vendredi 21 mai. Son enlèvement a été révélé dans un communiqué publié par son diocèse le 26 mai. Dans le même communiqué, le père Sebastine Sinju, chancelier de Mamfé qui en est le signataire, avait demandé aux paroisses de prier, le 28 mai à 9 heures, au cours d’une célébration eucharistique, pour « la libération immédiate et inconditionnelle » de l’otage.

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L’Église entre le marteau et l’enclume dans la crise anglophone

La crise anglophone au Cameroun a commencé, en 2016 par des grèves d’enseignants et de personnel de justice qui dénonçaient la marginalisation des deux provinces anglophones du Cameroun, le Nord-ouest et le Sud-Ouest. Elle s’est enlisée ensuite en affrontements meurtriers entre l’armée et les combattants séparatistes appelés Amba-boys. Depuis le début de cette crise, l’Église est prise en tenaille entre les deux camps antagonistes qui l’accusent tour à tour d’être partisane.

« Il arrive que les séparatistes nous accusent d’être proches du gouvernement et que le gouvernement aussi nous accuse d’être proches des séparatistes », confirmait à La Croix Africa, Mgr Andrew Nkea, archevêque de Bamenda dans une interview publiée mi-janvier.

Meurtres et enlèvements

L’Église a, de ce fait, payé un lourd tribut dans cette crise dans laquelle elle a perdu trois religieux en 2018. Le père Alexandre Sob Nougi a été assassiné le 20 juillet à Buea, dans le Sud-Ouest, et Gérard Anjiangwe, séminariste du diocèse de Bamenda, dans le Nord-Ouest, est mort le 4 août devant l’église paroissiale de Bamessing, tué, selon son diocèse, par des soldats de l’armée régulière.

Le 21 novembre 2018, c’est le père Cosmas Omboto Ondari, un missionnaire kényan qui trouvait la mort. Deux jours plus tard, le 23 novembre 2018, quatre religieux de la congrégation des fils du Cœur Immaculé de Marie – plus connus sous le nom de clarétains – avaient été enlevés avec leur chauffeur. Selon un de leurs proches, contacté par La Croix Africa, ils ont été retenus pendant quatre jours et torturés par un groupe qui les soupçonnait d’être « des espions de Yaoundé ».

Les évêques n’ont pas été épargnés par ces enlèvements. Le cardinal Christian Tumi, le défunt archevêque émérite de Douala et principal médiateur de cette crise, a été enlevé par deux fois. D’abord les 5 et 6 novembre 2020, ensuite le 30 janvier 2021. Mgr Michael Miabesue Bibi, actuel évêque de Buea dans le Sud-Est avait été enlevé les 5 et 6 décembre 2018, il était alors évêque auxiliaire de Bamenda, dans le Nord-Ouest.

En juin 2019, le désormais archevêque émérite de Bamenda, Mgr Cornelius Fontem Esua, avait aussi été enlevé et deux mois plus tard, Mgr George Nkuo évêque du diocèse de Kumbo (nord-ouest) avait subi le même sort

Lucie Sarr