Le 30 juin  marquera le cinquantenaire de la coopération diplomatique entre le Saint-Siège et le Bénin. En prélude, le père Fulgence Mehouenou, prêtre du diocèse de Parakou, canoniste et spécialiste des rapports Église-État, revisite les débuts de cette coopération, son évolution diachronique et ses retombées positives.

Les rapports entre le Siège Apostolique et le Bénin remontent à l’année 1948 avec la création à Dakar d’une Délégation du Saint-Siège pour l’Afrique occidentale francophone. Le 23 septembre 1960, il y eut l’institution d’un Délégué apostolique pour treize pays de l’Afrique de l’ouest. C’est à partir de 1970 que le Vatican commence à établir des relations bilatérales avec certains pays.

Le 30 juin 1971 marque le début des relations diplomatiques entre le Saint-Siège et le Dahomey (Bénin) avec la nomination d’un pro-nonce apostolique. Le Bénin deviendra une nonciature apostolique avec MgrAndré Dupuy (6 avril 1993-27 novembre 1999). Actuellement, le nonce près le Bénin depuis le 5 février 2021 a pour nom MgrMark Gerard Miles.

Évaluation des rapports diplomatiques bilatéraux

Suivant le canon 365 du Code de Droit canonique, le nonce apostolique auprès de l’État béninois a pour missions d’une part, de favoriser et de conduire les affaires diplomatiques entre les deux pays et, d’autre part, de s’occuper localement des questions touchant aux relations entre l’Église et l’État.

La mission diplomatique s’effectue dans le respect des règles du droit international et conformément à la Convention de Vienne du 18 avril 1961. Durant ces cinquante dernières années, l’excellence des relations entre le Saint-Siège et le Bénin n’est plus à démontrer. Celles-ci gravitent autour des sujets d’intérêt commun comme le respect de la dignité et des droits de la personne humaine et de la famille, le développement des nations et la coopération entre les peuples, la promotion de la paix et de la justice, l’environnement et le dialogue interreligieux. Entre autres exemples de coopération, la Conférence internationale sur la population et le développement tenue au Caire en 1994. À cette rencontre, le Bénin et le Saint-Siège avaient défendu une position commune à savoir que notre croissance démographique n’est pas la cause de notre pauvreté.

Autres indicateurs de la qualité et de la vitalité de cette coopération :

  • L’accréditation sans discontinuité de nonces auprès du Bénin et, en retour, la nomination d’ambassadeurs auprès du Saint-Siège jusqu’à une époque récente.
  • L’ouverture à Cotonou en 2002 de la nonciature pour le Bénin et le Togo.
  • Les visites d’État de présidents béninois au Vatican et les voyages apostoliques du Pape Jean-Paul II en 1982 et en 1993 puis, celle du Pape Benoît XVI en 2011.

Quid des relations locales entre l’Église et l’État béninois ?

Suivant le Canon 364. 7, le nonce a pour obligation, en lien avec les Évêques de chaque pays, de défendre auprès du chef de l’État, tous les sujets relatifs à la mission de l’Église et du Siège apostolique. En effet, l’Église au Bénin contribue à la vie sociale notamment dans les domaines de l’éducation, la santé, l’agriculture, le dialogue socio-politique et la promotion humaine. Cet engagement explique, pour une part, l’érection de quatre nouveaux diocèses : Kandi en 1994, Dassa-Zoumé et Djougou en 1995 et N’Dali en 1999. Cette même préoccupation justifie le rôle éminent joué par l’Église à travers Mgr Isidore de Souza lors du passage du marxisme-léninisme au renouveau démocratique en 1990.

La ratification par le Bénin et le Siège apostolique de l’Accord-cadre du 23 août 2018 marque, en outre, un tournant décisif de cette collaboration. En effet, cette convention vient renforcer la coopération et fixer le cadre juridique de son exercice. D’une part, le texte reconnaît à l’Église, en droit béninois, la liberté d’expression et de manifestation, la personnalité juridique privée et publique des entités ecclésiales, le respect des lieux de culte et de l’identité catholique, la non-ingérence de l’État dans les nominations et dans la répartition des charges ecclésiastiques.

D’autre part, l’accord garantit le droit à l’enseignement catholique dans le respect du caractère propre, le droit de créer des institutions de bienfaisance et d’assistance sociale, la possibilité d’octroi d’une contribution financière étatique à définir, l’obtention de concessions domaniales sans oublier les exemptions de taxes et d’impôts sur les biens du patrimoine ecclésiastique affectés au culte, aux œuvres de charité et à l’apostolat. La mise en œuvre des possibilités offertes par cet Accord, à travers l’établissement d’ententes et d’agréments, rendra encore plus concrète, pour nos compatriotes, l’utilité publique de cette coopération bilatérale vieille de cinquante ans.

Père Fulgence Mehouenou