Communautés nouvelles : mettre fin au brouillage des rôles


[Retour sur l’actualité] : Le père Serge Martin Ainadou est prêtre du diocèse de Cotonou, en mission à l’École d’évangélisation « Jeunesse Lumière » en France. Chaque semaine, il propose une réflexion sur l’actualité.

Le débat sur les enjeux pastoraux actuels reliés à l’émergence des communautés nouvelles reste toujours d’actualité. Au-delà des polémiques et des inquiétudes suscitées par les dérives de certains leaders de communautés nouvelles en Afrique, il nous semble maintenant opportun d’interroger les ressorts profonds de ces dérives.

On ne s’attardera pas sur les symptômes du malaise. Il y a donc lieu de rechercher les causes lointaines de ces dérives, en dehors même des frontières visibles de la pastorale de l’Église. D’un point de vue moral, on peut les attribuer, pour une large part, à une double faille d’un système consumériste ambiant consacrant la victoire de la vitesse sur la raison ; puis celle de « l’individu » sur la « personne. »

Réussite personnelle, réalisation de soi

Même si, a priori, le rapport entre cette crise socioéthique mondiale et le phénomène des dérives de certains leaders de communautés nouvelles en Afrique ne semble pas totalement établi, il n’en révèle pas moins un flirt inquiétant. On n’exclut pas de ce champ d’interaction complexe des éléments de discours hétéroclites et curieusement étrangers à la notion pastorale de l’évangélisation. Dans cette confusion, plus d’entraves possibles ! Absolument, tout est assujetti à l’idée classique de la réalisation de soi, de la réussite sociale, de la performance, de la sécurité. A cela s’ajoute, la question du rapport à l’autre qu’on peut cesser « d’aimer » à tout moment dès lors qu’il devient une menace potentielle ou bien qu’il ne nous sert plus.

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Cette vision individualiste du monde contemporain fascine, hélas, des leaders de groupes de prières et l’expression d’une vie de foi authentique en prend, par conséquent, un énorme coup dans le rang de ceux qui se laissent accrocher. En définitive, pointe à l’horizon un problème d’incomplétude structurel assorti de déception affreuse quant au décalage entre les attentes et les résultats, entre recettes magiques de bien-être et rencontre profonde d’une vie de foi.

Berger, coach, modérateur

Dans la mesure où ces leaders de communautés nouvelles changent de titre, passant de berger à coach de développement personnel ou encore modérateur, comment arriver à faire un bon discernement en rapport avec le contenu des discours ? Et lorsque le coach prêche, par exemple, à quel type de personnage a-t-on à faire ? Quelle est la place de l’Évangile dans cette nébuleuse ?
Pour notre part, ce brouillage des rôles soulève de profonds questionnements qu’on ne peut occulter. Il ne s’agit pas ici de viser des personnes, mais surtout de poser en profondeur l’hypothèse d’une pertinence des problématiques agitées par ces idéologies utilitaristes pour les personnes elles-mêmes et ceux qui les consomment. Si, au regard de la construction de la personnalité par des valeurs humaines, ni la vitesse ni l’immédiateté ne garantissent sur la durée une certaine complétude de bonheur à des personnes désaccordées dans leur être, c’est-à-dire qu’il faille, en urgence, repenser les choses autrement. Cette démarche consistera à redéfinir, d’une part, le type de compassion que ces leaders de communautés nouvelles comptent apporter aux leurs dans un strict cadre ecclésial. Et d’autre part, distinguer le contenu de l’évangélisation de ce qu’il n’est pas.

Père Serge Martin Ainadou