Coronavirus : « Plus que jamais nous avons besoin de Pâques »

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©FILIPPO VENEZIA/EPA/MAXPPP – epa08348866 Italian priest Don Marco Mori blesses the casket of a deceased during a funeral ceremony in the square outside a mortuary in Brescia, northern Italy, 07 April 2020, during a nationwide lockdown over the novel coronavirus disease (COVID-19) pandemic. Since Italy entered a lockdown over the coronavirus crisis, relatives are unable to say a final goodbye when a patient dies, media reported. EPA-EFE/FILIPPO VENEZIA (MaxPPP TagID: maxbestof116880.jpg) [Photo via MaxPPP]
15 avril 2020 pas de commentaire

Don Marco Mori, 46 ans, curé de la paroisse « Conversione di San Paolo » dans le quartier populaire de Brescia, une des villes de Lombardie les plus meurtries par le Covid-19, témoigne de son quotidien au plus près possible de sa communauté.

La Croix : Nous sommes à la veille de Pâques, qui commémore la Résurrection, fête à laquelle les Italiens sont particulièrement attachés. Comment allez-vous vivre les célébrations avec vos paroissiens, durement touchés par le coronavirus ?

Don Marco Mori : Plus que jamais Pâques est un moment crucial cette année. Soit le Christ est vraiment ressuscité et nous y croyons, soit il n’y a plus d’espoir. Ce vendredi, je porte la croix dans tout le quartier, je le dois à mes 4 500 paroissiens.

Dimanche, pour ne pas interférer avec le pape, je célébrerai la messe à 19 heures, en direct via Facebook avec, autour de l’autel, les photos des familles à qui j’avais proposé de procéder au lavement des pieds de leurs proches et les œuvres des enfants auxquels j’ai demandé de dessiner leur vision de la Résurrection. Nous serons séparés, mais dans un esprit de communion totale. Face à la mort qui nous obsède, nous avons besoin du Seigneur pour sortir de l’obscurité.

En Italie les mesures de confinement sont en vigueur depuis plus d’un mois, comment vivez-vous avec au quotidien ?

Don Marco Mori : Chaque matin, je me demande si j’ai fait un cauchemar ou si c’est bien la réalité. En quatre semaines, j’ai béni soixante défunts dont les cercueils étaient amassés dans la plus grande chambre mortuaire de Brescia, qui se trouve devant notre église. Pour donner un ordre de grandeur, soixante décès cela correspond au chiffre annuel moyen de morts dans mon quartier.

Les bénédictions sont hélas très rapides, mais elles réconfortent les familles qui en sont toutes averties. La plupart d’entre elles ont perdu un ou plusieurs proches du jour au lendemain, sans avoir pu leur dire adieu. C’est une douleur atroce pour tous.

Mais nous partageons aussi nos réflexions, nos espoirs. Je passe 10 heures par jour au téléphone pour m’enquérir des besoins des familles et des malades seuls à domicile. Nous communiquons grâce aux visioconférences, à Instagram et au groupe de parole « I pensieri del barratolo d’oro » sur WhatsApp. Jour après jour, je découvre combien les technologies sont fondamentales pour briser le mur de la solitude. Car on risque aussi de mourir de solitude.

Quelles leçons tirez-vous de cette crise sanitaire, qui a déjà emporté plus de 18 000 personnes en Italie, dont 99 prêtres et autant de médecins ?

Don Marco Mori : Chaque petit geste, chaque parole, chaque moment d’écoute devient un patrimoine immensément riche. Je pense que les gens comprennent qu’indépendamment du coronavirus notre monde était devenu fou. Que tout allait trop vite. Ce virus met en lumière toutes les injustices. Aujourd’hui, les médecins, les infirmiers, sous-payés, sont hissés au rang de héros. Mais leur dignité sera-t-elle reconnue après la tempête ? Et qu’en sera-t-il des travailleurs qui ont perdu leur emploi ?

Dans notre quartier, 20 % des paroissiens n’ont plus d’argent pour faire leurs courses. Avec la Caritas, nous déployons tous les moyens possibles pour soutenir ces nouveaux pauvres, sans abandonner les autres. Mais il faut aller au-delà de la façade de la solidarité, en apprenant à rester ensemble. Cela vaut pour la vie sociale, économique et ecclésiale. Nous vivons une guerre de survie. Nous la vaincrons si nous redonnons ses lettres de noblesse au concept de l’unité.

Recueillis par Anne Le Nir (à Rome)

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