Covid-19 : les difficultés financières de l’enseignement catholique en Afrique


Dans de nombreux pays africains, les diocèses catholiques et congrégations religieuses occupent une place importante dans le système éducatif puisqu’ils possèdent des établissements qui vont des cours préscolaires à l’université en passant par l’enseignement technique.

Avec la pandémie de Covid-19 et son cortège de fermeture des écoles et universités, l’enseignement catholique en Afrique rencontre de sérieuses difficultés. C’est le cas au Sénégal, au Togo, au Cameroun, en Côte d’Ivoire et au Burkina Faso.

Dans de nombreux pays africains, l’enseignement catholique est plébiscité avec des taux de réussite aux examens officiels largement supérieurs à ceux des établissements étatiques. Au Sénégal par exemple, les taux de réussite au bac et au brevet, dans les écoles du diocèse de Dakar, dépassent habituellement 85 %. Il en va de même pour la Côte d’Ivoire où la Direction nationale de l’enseignement catholique (Dnec) enregistre régulièrement des taux de réussite supérieurs à 70 % au bac et 80 % au brevet.

Depuis trois mois, les écoles privées catholiques de ces deux pays tout comme celles du Togo, du Cameroun et du Burkina Faso rencontrent d’énormes difficultés financières liées à la pandémie du coronavirus.

Fermeture des écoles et non paiement des frais de scolarité

Depuis mi-mars, la plupart des pays africains ont interdit les rassemblements publics et fermé leurs écoles pour endiguer l’épidémie de Covid-19. Cette fermeture imprévue des écoles a eu comme corollaire le non-paiement des frais de scolarité par une partie importante des parents d’élèves. « Contrairement à ce que certains peuvent penser, nous n’avions pas recueilli la totalité des frais de scolarité malgré les échéances de paiement qui étaient préétablies avec les parents, confie ainsi le père Hubert Kiemdé, secrétaire national de l’enseignement catholique au Burkina Faso à La Croix Africa. Beaucoup de nos établissements sont en difficulté de paiement. Cette réalité est accentuée par le retard de paiement des frais de scolarité des élèves que l’État a affectés dans nos établissements ».

La situation n’est guère meilleure au Togo. Interrogé par La Croix Africa, le père Pierre Channel Affognon, directeur national de l’Enseignement catholique dans ce pays a estimé que « l’un des impacts majeurs est lié au traitement salarial de notre personnel ». En effet, certains enseignants des écoles catholiques togolaises sont payés par l’État et d’autres grâce aux frais scolaires. Cette dernière catégorie a été durement touchée par la fermeture des écoles. Le père Georges Guirane Diouf, son homologue du Sénégal, partage la même inquiétude. « Les revenus de nos écoles privées en général et des écoles privées catholiques en particulier viennent des écolages que payent les parents, indique-t-il. Ces frais de scolarité nous permettent de faire fonctionner les écoles. Dans la mesure où beaucoup de parents sont en retard sur les mensualités et où d’autres mêmes opposent un refus ferme, la trésorerie des écoles est fortement impactée au moment où il faut payer les salaires ».

Réduction de salaire, emprunt ?

Pour faire face à l’impact financier de la crise sanitaire, le diocèse de Yaoundé a évoqué, au mois de mai, une possible réduction de moitié du salaire des enseignants pendant les mois de juin et juillet. Une éventualité qui avait irrité les principaux concernés. Le père André Marie Nko’o Edjimbi, le vicaire général en charge de l’éducation expliquait, à cet égard, les problèmes rencontrés par le diocèse. « Les récentes décisions gouvernementales fixent la reprise des cours le 1er juin 2020 pour les seules classes d’examens. L’année scolaire est donc rallongée, pour elles seulement, de juin à septembre 2020 dans les écoles primaires et les collèges. L’impact budgétaire de cette rallonge est environ un quart, voire un tiers du budget d’une année scolaire normale ». Même si ce prêtre a été éloigné de la table des négociations, celles-ci ont abouti à la réduction de salaire tant redoutée par les enseignants.

Du côté du Burkina Faso, il n’est pas question de réduction de salaire des enseignants mais plutôt d’emprunt pour faire face aux imprévus liés à la crise sanitaire. « La seule solution qui se présente est de faire des emprunts auprès des structures financières et auprès de toute autre personne moyennant des taux d’intérêt possibles, reconnaît le père Kiemdé. Avec cette seule option, il y a une perte pour l’enseignement catholique : nous n’avons pas de moyens financiers mais il faut encore emprunter et payer des intérêts par la suite. Mais puisque nous n’avons pas le choix, nous allons donc opter pour cette solution pour terminer l’année en attendant les ressources ».

Subvention étatique

Dans ce contexte de crise sanitaire, le soutien de l’État est parfois la seule voie de salut même s’il est insuffisant. « Une subvention de 400 millions est octroyée chaque année par l’État aux écoles catholiques et protestantes, mais cet appui s’avère insuffisant pour payer l’ensemble du personnel concerné en temps ordinaire », confie le père Affognon qui évoque le cas spécifique du Togo. Du côté du Sénégal, l’on attend toujours la subvention promise par l’État. « Nous avons rempli beaucoup de formulaires et nous avons donné beaucoup d’informations pour recevoir le soutien de l’État, remarque le père Diouf. Mais, jusque-là, aucun soutien ne nous a été apporté. Or, si nous ne le recevons pas, le système risque de vaciller ». La somme promise par l’État, 1 milliard de francs CFA pour au moins 300 écoles, est cependant dérisoire.

Du côté de la Côte d’Ivoire, l’enseignement catholique a reçu les subventions de 2018-2019 mais pas celles de 2019-2020. Un manque à gagner auquel s’ajoute le non-paiement des frais de scolarité des mois de confinement par la plupart des parents d’élèves, soit au total, environ de 2 milliards de francs CFA. « Nous savons tous que la situation n’est pas aisée mais c’est un effort supplémentaire que nous leur [Les parents d’élèves] demandons pour que nos écoles soient en mesure de boucler leur fin d’année et de préparer la rentrée prochaine avec plus de sérénité », insiste Émile Aleba, le secrétaire exécutif national adjoint chargé de la Comptabilité et des Finances de l’Éducation catholique. Pour sa part, depuis le mois de mars, l’épiscopat ivoirien avait réagi invitant les écoles catholiques « à maintenir les emplois et les salaires des personnels, engager des négociations avec eux sur les modalités en cas de difficultés à payer, et privilégier le paiement des arriérés de salaires dus à la fermeture des établissements scolaires ».

Lucie Sarr