Le processus démocratique vient de connaître une avancée au Cameroun. Pour la première fois, le pays a fait l’expérience d’élections régionales le dimanche 6 décembre. Cette élection a remis sur la table le sempiternel problème de la participation des chrétiens aux questions politiques. Deux tendances s’affrontent à ce sujet. Malgré ce débat, de nombreux chrétiens et même des serviteurs de Dieu, par ailleurs partisans des mouvements politiques, ont contribué à l’élection des premiers conseillers régionaux.

Les bureaux de vote se sont ouverts dimanche pour accueillir 10’236 conseillers municipaux et 14’002 chefs traditionnels constituant l’électorat des régionales 2020 au Cameroun. Il s’agissait de choisir 700 délégués de départements et 200 représentants du commandement traditionnel formant les conseils régionaux. Dans les dix régions du pays, le scrutin s’est déroulé dans le calme, la sérénité et la tranquillité. Le ministre de l’administration territoriale, Paul Atanga Nji, l’a relevé au cours d’un point de presse donné à la fermeture des bureaux de vote à 18 heures (heure locale).

Pour une politique qui transforme les comportements

Au Cameroun, l’implication en politique fait vraiment débat chez les évangéliques. Des chrétiens tardent à s’accorder sur leur implication à des hautes sphères de décision, surtout  par rapport à leur implication dans des mouvements politiques. Le sujet a encore refait surface à la veille de ces régionales. Certains estiment que la politique est un domaine émaillé de corruption, de compromission et de dégradation des mœurs. À ce titre le chrétien inscrit dans une dynamique de préservation des valeurs de Christ devrait éviter toute implication dans le monde de la politique et toute adhésion à des mouvements partisans.

L’évangéliste Georges Meka, conseiller économique et vice-président de l’Académie du leadership au sein du Parti camerounais pour la réconciliation nationale (PCRN) reconnaît la vivacité de ce débat. Pour expliquer son adhésion à une formation politique qui, de surcroît, n’est pas celle du régime en place cite les Saintes Ecritures. Elles relatent l’élévation  en autorité de certains êtres humains par Dieu lui-même. Des rois avaient à la fois un rôle spirituel, mais aussi un rôle politique et de combat pour mener des guerres. Derrière le zèle de cet évangéliste pour la gestion des affaires de la société se cache un idéal : « Celui de Martin Luther King, pasteur des Eglises baptistes aux États-Unis, qui a utilisé des versets bibliques pour obtenir le droit de vote des Noirs et des femmes, un droit qui n’existait pas.».

Des chrétiens peuvent pourtant proposer des projets intégrateurs

Pour cette élection régionale, le PCRN, pour lequel militent plusieurs évangéliques propose un projet de société répondant aux besoins réels des populations. L’un des axes de développement est la création de fonds d’investissement publics/privés pour appuyer des entreprises. L’amélioration du système de ravitaillement des populations en eau potable et électricité est également une promesse de campagne faite par les militants et dirigeants du PCRN. Si la politique est sans cesse diabolisée, les évangéliques ne pourront que subir les décisions prises par d’autres. « Il faut choisir le camp du bien. La politique n’est qu’un tremplin pour incarner des valeurs. A chacun de faire son choix », lâche l’évangéliste Georges Meka.

Des évangéliques s’intéressent de plus en plus aux questions politiques au Cameroun. Certains sont même des leaders d’Églises. Lors de la présidentielle de 2018, un membre d’une Église pentecôtiste s’est particulièrement signalé. Contre toute attente, le prophète Ndifor Afanwi Franklin a été retenu parmi les sept candidats en lice pour l’accession à la magistrature suprême.

Zenabou Ndocki