Émilie Tapé, féministe et « catholique par choix »


[Féministes et catholicisme 3/5] : La Croix Africa propose 5 portraits de féministes catholiques africaines qui racontent leurs rapports à la religion.

Le troisième portrait est celui d’Émilie Tapé, 29 ans, community-manager, écrivaine et blogueuse.

« Je ne suis pas née dans une famille catholique, j’ai choisi de l’être », explique d’emblée Émilie Tapé, 29 ans, militante féministe, community-manager et écrivaine.

Cette jeune femme aux cheveux courts et teints, jean, baskets et boucles d’oreilles en forme de crucifix aux oreilles tient un blog sur la sexualité. « La première fois que l’on m’a donné un cours d’éducation sexuelle, c’était dans ma paroisse », confie-t-elle. « L’on nous a appris à différencier la sexualité de l’affectivité etc. »

Pendant son enfance et son adolescence, Émilie Tapé côtoie des amis chrétiens sans réellement s’intéresser à leur religion. « Le déclic a eu lieu en 2007, après le décès de ma maman », se souvient-elle. Émilie avait alors 16 ans. « Maman disait que si un jour, on voulait devenir chrétiens, qu’on choisisse l’Église catholique. Comme toute adolescente, à sa mort, j’étais déboussolée, choquée. Je me disais que personne ne peut remplacer une mère. J’ai compris plus tard que seul Dieu pouvait nous donner un amour plus fort que celui d’une mère ».

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Quelques semaines après le décès de sa mère, au moment du Carême, l’adolescente qui aimait accompagner une amie de ses amies, catholique, jusque devant l’église pour le Chemin de croix hebdomadaire, commença à s’intéresser à cette dévotion. « Un vendredi, je décidai de rester pour suivre le chemin de croix », explique-t-elle. La jeune fille commence ensuite à aller aux messes dominicales et parfois en semaine et se fait baptiser quelques années plus tard. Au fil des ans, elle nourrit sa foi de lecture des Écritures saintes mais également d’échanges et de prière personnelle. « J’aime beaucoup l’adoration du Saint Sacrement, illustre-t-elle. Ce cœur à cœur avec Jésus qui écoute tendrement et comprend tout ».

La fraternité des hommes-panthères

Originaire de Vavoua, dans le centre-ouest de la Côte d’Ivoire, la famille d’Émilie pratiquait les religions endogènes. Son grand-père et son père étaient plus spécifiquement des membres importants d’une société initiatique, une fraternité de masques, celle des hommes-panthères.

La fraternité des hommes-panthères est entourée d’un halo de mystère. On prête à ses membres les pouvoirs les plus variés allant de la capacité à se rendre invisible à la maîtrise des potions magiques et philtres d’amour mais également la fabrication de puissants fétiches, ou encore des pouvoirs extrasensoriels permettant de percevoir le « monde invisible ».

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« Ni mon père ni mon grand-père ne m’ont dit qu’ils étaient des hommes panthères puisqu’ils ne sont pas censés en parler, mais cela se chuchotait dans la famille », précise-t-elle avant d’ajouter après réflexion, amusée : « Quand on était petits, papa avait une icône de Jésus parce que dans son adolescence, il a côtoyé un prêtre qui la lui a offerte comme cadeau d’au revoir. »

Dialogue entre une féministe et un futur prêtre

Comme activiste féministe et blogueuse sur la sexualité, y a-t-il des questions sur la foi catholique qui peuvent interpeller voire choquer ? « Oui, forcément », admet Émilie qui explique avoir eu de longues discussions avec un de ses amis, un futur prêtre étudiant en Italie sur des thèmes comme le viol, l’avortement. « J’ai entendu un enseignement sur une radio catholique où on disait que l’avortement entraîne l’excommunication. J’ai demandé à mon ami séminariste pourquoi on excommuniait la personne ayant avorté et pas le violeur. De là, sont partis de longs échanges très instructifs ».

Contre les « chats noirs »

Émilie est devenue activiste féministe sur le tard, en 2018. « Je suis devenue féministe parce que j’ai compris que si je jouis d’une certaine liberté, c’est grâce au combat de certaines féministes qui se sont battues pour qu’on ait le droit d’aller à l’école, de vivre seule etc. » La jeune femme milite au sein de l’association féministe Stop au « chat noir ». En Côte d’Ivoire, le « chat noir » évoque un viol dans l’espace domestique ciblant surtout les jeunes filles qui se font agresser pendant leur sommeil par des proches parents ou par leur patron quand il s’agit d’aides-ménagères. « Cette association qui combat la banalisation des abus sexuels dans l’espace domestique m’a poussée à m’engager réellement », confie la jeune femme qui est aussi membre de l’Alliance des femmes engagées pour le changement (Alfec).

Lucie Sarr