En Afrique, la question de la reprise des cultes publics


Après deux mois de crise sanitaire liée au coronavirus, la question de la reprise des cultes publics préoccupe un grand nombre de pays africains.

Dans ce continent où les cas de coronavirus ont significativement augmenté, dépassant maintenant 80 000 infections, certains pays ont décidé de rouvrir leurs lieux de culte, d’autres non.

Ouvrira ou n’ouvrira pas les lieux de culte ? C’est la principale question que se sont posée bon nombre d’Africains depuis le mois de mai alors que le coronavirus s’est installé dans le continent depuis 2 mois.

Bien que le nombre de cas ait significativement augmenté, certains gouvernements africains ont annoncé la réouverture des églises et des mosquées alors que d’autres ont maintenu la fermeture des lieux de culte.

Reprise des cultes

Au Liberia, le président George Weah a annoncé à partir du 15 mai, l’ouverture des mosquées et églises avec limitations d’affluence.

Le pays compte au 17 mai 226 cas de coronavirus dont 10 guérisons.

En Mauritanie, qui compte 64 cas de Covid-19, le gouvernement a allégé, mercredi 6 mai, les mesures de restriction contre le coronavirus, notamment l’ouverture, vendredi 8 mai, des lieux de culte.

Au Burkina Faso, le 2 mai, à la demande de 276 associations musulmanes, le ministre des cultes a donné l’autorisation de rouvrir les lieux de cultes fermés depuis plus d’un mois. Si les mosquées sont ouvertes depuis cette date, avec obligation de respecter les recommandations sanitaires, l’Église catholique recommencera ses cultes publics les 20 et 21 mai pour la solennité de l’Ascension. Le pays compte officiellement moins de 800 cas de coronavirus au 18 mai dont 644 guérisons et 51 décès.

Dans le pays voisin, le Niger, les lieux de culte ont été ouverts le 13 mai. Dans cet État majoritairement musulman (97 %) dès le début du Ramadan, les populations avaient commencé à manifester leur mécontentement face à la fermeture des mosquées décidée par le gouvernement en mars pour endiguer la propagation du coronavirus.

Des émeutes avaient enflammé les localités de Mirrya, dans le centre du pays et de Tahoua, dans l’ouest fin mars avant de gagner la capitale Niamey mi-avril.

En Côte d’Ivoire, depuis le 7 mai, les chrétiens et les musulmans de toutes les régions, sauf celle d’Abidjan, épicentre de l’épidémie de Covid-19, ont été autorisés à reprendre les prières collectives dans leurs lieux de culte. Ceux d’Abidjan, eux ont pu reprendre les cultes publics le 15 mai pour les musulmans et 17 mai pour les catholiques. Le pays compte au 17 mai, 2 109 de coronavirus dont 1 004 guérisons et 27 décès.

Les lieux de culte n’ont jamais été fermés

Dans certains pays pourtant, les lieux de culte n’ont jamais été fermés ; mieux, ils sont partie intégrante de la stratégie contre le coronavirus. La Tanzanie (509 cas de coronavirus au 17 mai) par exemple, met au sommet de sa stratégie de lutte contre la pandémie du Covid-19 la prière et le jeûne. Du 17 au 19 avril, le président John Magufuli a ainsi proclamé trois jours de jeûne et de prière nationale pour demander à Dieu l’arrêt de la propagation de l’épidémie et la guérison des malades.

Au Mali également, si l’Église catholique a suspendu les célébrations liturgiques publiques, les prières dans les mosquées n’ont jamais cessé dans le pays.

Lieux de culte maintenus fermés

En Guinée, alors que des manifestants ont violemment exigé la réouverture des lieux de culte, le président Alpha Condé a décidé, dans son discours à la nation le 13 mai, de les maintenir fermés.

Le 12 mai, 7 personnes ont été tuées au cours de manifestations contre la fermeture des lieux de culte et les restrictions liées à la crise sanitaire. Cela qui n’a pas empêché, le 13 mai à des manifestants encore plus nombreux de rouvrir « de force mais sans violence » des mosquées. Des lieux de culte musulmans ont ainsi été ouverts près Boké (nord-ouest) mais aussi à Dubréka, aux portes de Conakry, la capitale.

Ce pays d’Afrique de l’Ouest compte, au 18 mai, plus de 2 500 cas de coronavirus.

Au Bénin (339 de coronavirus), le Conseil des ministres a annoncé, le 6 mai, le maintien de la fermeture des lieux de culte alors que les écoles ont été autorisées à rouvrir. Une décision critiquée par des dirigeants de l’Église catholique dont l’archevêque de Cotonou, Mgr Roger Houngbédji. « D’autres sont réellement mécontents et indignés de voir nos églises maintenues fermées comme de simples lieux de rassemblement au même titre que les bars et lieux de loisirs alors que les marchés, supermarchés et autres lieux continuent de rassembler du monde », a-t-il fait remarquer, mardi 12 mai, dans un communiqué.

En Afrique du Sud (plus de 15 000 cas de coronavirus) les lieux de culte sont fermés depuis plusieurs semaines. Le 13 mai, le premier ministre du KwaZulu-Natal, Sihle Zikalala a dû rappeler que les lieux de culte seront maintenus fermés après la publication, sur Internet, d’un document qui annonçait leur réouverture le 21 mai en précisant les mesures d’hygiène qui devraient accompagner une telle réouverture.

Lieux de culte ouverts/fermés

Lundi 11 mai, le président sénégalais Macky Sall a autorisé la reprise des cultes dans le pays qui compte désormais 2 480 cas de coronavirus. Les jours qui ont suivi, l’Église catholique, et certaines confréries religieuses musulmanes et des imams ont annoncé qu’ils garderaient fermés leurs lieux de culte, par mesure de prudence. D’autres mosquées, notamment celle de la confrérie mouride, ont repris leur culte vendredi 15 mai, dans le respect des mesures d’hygiène et de distanciation physique liée au Covid-19.

Au Nigeria (près de 6 000 cas de coronavirus au 18 mais), pays le plus peuplé du continent africain, les mesures de restrictions varient selon les États fédérés, si à Lagos et Abuja qui comptent le plus grand nombre de cas de coronavirus, les cultes ont été suspendus, ils pourraient reprendre dans les prochains jours, sous conditions. Du moins à Lagos. Ce qu’a annoncé le gouverneur de cet État, Babajide Sanwo-Olu, dimanche 17 mai.

Pour leurs parts, les États de Nasarawa (centre) d’Adamawa (nord-est) et Kaduna (centre-nord) ont annoncé la réouverture des lieux de culte tout en préconisant un respect strict des mesures sanitaires

Égypte et Algérie : mesures pour l’Aïd el-Fitr

En Égypte (12 000 cas de coronavirus) et Algérie (7 019 cas de coronavirus), les musulmans sont priés de fêter l’Aïd el-Fitr – la fin du mois de Ramadan – chez eux.

Dimanche 17 mai, la prestigieuse institution sunnite Al-Azhar, en Égypte, a demandé aux fidèles d’effectuer leur prière chez eux.

En Algérie, le ministère des Affaires religieuses a émis une fatwa appelant les citoyens à accomplir la prière de l’Aïd el Fitr à la maison, en famille ou individuellement pour éviter la propagation du coronavirus. La fermeture des mosquées et des salles de prières sera donc maintenue le jour de l’Aïd el Fitr. Cependant, le ministère des Affaires religieuses autorise la diffusion de la prière via les haut-parleurs des mosquées.

Lucie Sarr