Alors que le gouvernement a présenté jeudi 27 mai une « carte de l’islam » dans le pays, disponible sur Internet, recensant les mosquées et associations musulmanes dans le cadre de la lutte contre l’« islam politique », catholiques et juifs ont rejoint les musulmans pour critiquer cette initiative.

« Pourquoi une religion a-t-elle été pointée du doigt ? ». Dans une tribune publiée dans le journal Heute, l’influent cardinal Christoph Schönborn, archevêque de Vienne, a critiqué, vendredi 4 juin, la présentation par le gouvernement autrichien d’une « carte de l’islam » en ligne.

L’archevêque de Vienne, qui a atteint l’âge de 75 ans en janvier 2020, mais a été maintenu à sa charge « jusqu’à nouvel ordre », a présidé la Conférence épiscopale de ce pays majoritairement catholique pendant 22 ans. Le cardinal a déploré la mise en ligne de cette carte interactive qui recense les noms et les adresses de plus de 600 mosquées et associations, ainsi que l’identité de leurs responsables et leurs liens éventuels à l’étranger.

Les critiques du cardinal Schönborn

« Je pense qu’il est dangereux de donner l’impression que l’une des communautés religieuses fait l’objet d’une suspicion générale, explique l’archevêque de Vienne. Notre droit pénal est suffisamment clair pour poursuivre les tendances terroristes où qu’elles se manifestent. »

Le président de la Conférence des rabbins européens et lui-même grand rabbin de Moscou, Pinchas Goldschmidt, s’est aussi exprimé sur cette question sensible en Autriche. Dans un entretien à l’agence catholique Kathpress, il a « exhorté le gouvernement » à « respecter les droits à la liberté d’association et de religion », à une époque où « le sentiment antimusulman » est en hausse « dans toute l’Europe ».

Cette « carte de l’islam » rendue publique par le gouvernement jeudi 27 mai fait beaucoup réagir, notamment au sein de la communauté musulmane mais pas seulement. L’université de Vienne, initialement associée à la conception de ce projet, a demandé que son logo soit retiré.

Crispation en Autriche

Les écologistes qui dirigent le pays avec les conservateurs ont désavoué l’initiative, comme la Turquie et le Conseil de l’Europe qui ont appelé à son retrait. Le chancelier conservateur Sebastian Kurz défend, lui, ce projet qui s’inscrit dans une lutte vigoureuse et parfois controversée contre l’« islam politique » renforcée depuis l’attentat terroriste du 2 novembre à Vienne qui a fait quatre morts et une vingtaine de blessés.

Une association musulmane assure, de son côté, préparer une plainte en justice alors que plusieurs adresses personnelles ont été mises en ligne, mettant en danger certains croyants selon elle. La police a saisi plusieurs panneaux se référant à la carte, installés par un mouvement identitaire à Vienne et dans une ville de Basse Autriche avec l’inscription : « Attention ! L’islam politique est près de chez vous ».

Depuis le jeudi 3 juin, la carte n’est plus accessible sur Internet, officiellement « pour des raisons techniques liées à un changement d’hébergeur », a expliqué le Centre de documentation sur l’islam politique, organisme créé l’an dernier par le gouvernement qui est à l’origine du projet.

Arnaud Bevilacqua