En Centrafrique, les inquiétudes de l’épiscopat à la veille de l’élection présidentielle


Dimanche 26 juillet, au terme de leur Assemblée plénière qui s’est déroulée du 20 au 26 juillet à Bangui, les évêques centrafricains ont publié une déclaration. Dans ce texte intitulé « Je ne peux à moi seul, porter le poids de ce peuple », ils abordent plusieurs sujets dont la crise sanitaire liée au coronavirus et l’organisation de l’élection présidentielle.

L’épiscopat centrafricain a dépeint, dimanche 26 juillet, un tableau sombre de ce vaste du pays du centre du continent africain. À l’époque coloniale, celle-ci était appelée « Oubangui Chari », la « colonie poubelle » et la France y envoyait les pires administrateurs « qui usaient de travaux forcés pour exploiter les ressources », fait-il remarquer. Ensuite, elle a connu, depuis l’indépendance en 1960, seulement trois transferts démocratiques du pouvoir : en 1981, 1993 et en 2016. Le reste du temps, « l’accession au pouvoir s’est faite par cinq coups d’État en 1966, 1979, 1981, 2003, 2013, avec l’appui de l’ancienne puissance coloniale, des États voisins ou l’implication des mercenaires à partir de 2002 ».

Réunis en séance plénière à Bangui, les évêques centrafricains sont partis de ce parcours historique chaotique pour aborder les grands sujets d’actualité dans le pays, notamment la crise sanitaire liée au coronavirus et l’organisation de l’élection présidentielle prévue fin décembre.

Crise sanitaire

L’Église de Centrafrique s’est largement investie dans la lutte contre le coronavirus à travers l’adoption de plusieurs mesures comme la réduction à 15 du nombre de personnes admises aux messes, la suspension de nombreuses activités paroissiales ainsi que celle de la célébration des sacrements du baptême, confirmation, mariage et des funérailles, animation de séances de sensibilisation à travers les médias. Un combat qui n’empêche pas, selon l’épiscopat, certains de douter encore de l’existence de la maladie. Il souligne en outre les pertes d’emplois mais également l’insuffisance de structures de santé adéquates pour la prise en charge des malades graves et les difficultés rencontrées par les agents de santé complètement débordés alors que le pays compte moins de 5 000 cas de coronavirus.

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« Aujourd’hui, la reprise des activités au niveau des églises et des écoles tant à Bangui qu’en provinces demeure encore timide parce que l’avenir sanitaire est incertain », ajoutent les évêques centrafricains qui adjoignent à cette remarque une série de préoccupations : « Saurions-nous prendre toutes les dispositions requises pour éviter une flambée de contaminations dans le pays ? Comment amener les populations à respecter les mesures barrières ? Par souci et nécessité de transparence, ne serait-il pas indispensable de publier tous les appuis reçus (tant matériels et financiers) dans la lutte contre la maladie à coronavirus ? »

Élections

Ce vaste pays du centre de l’Afrique se prépare en outre à l’élection présidentielle prévue fin décembre. Un scrutin qui, malgré, la publication du calendrier du processus électoral par l’Autorité nationale des élections (ANE) ne rassure pas l’épiscopat compte tenu de la situation sécuritaire caractérisée la présence massive de groupes armés et la circulation des armes. Il s’inquiète également du fait que « des soupçons de faux documents et de dysfonctionnement pèsent sur la phase en cours d’enrôlement des électeurs » et invite l’ANE à clarifier ces allégations. Ces constats poussent les évêques à se poser un certain nombre de questions : « Tous les candidats pourront-ils circuler librement dans leur circonscription pendant la campagne électorale ? Les électeurs exprimeront-ils librement leur suffrage ? » « les matériels électoraux seront-ils acheminés à temps dans les zones les plus reculées ? L’ANE arrivera-t-elle à couvrir toute l’étendue du territoire national dans le délai imparti » ?

Préconisant une concertation entre les forces vives de la nation pour trouver un consensus, ils rappellent la mission de l’Église dans un tel contexte : la préservation de la paix et l’accompagnement du processus électoral. « Il n’est pas de notre ressort de dire qui seront les candidats, ni de proclamer le vainqueur ni le perdant des élections, insistent-ils. Toutefois, nous en appelons à la responsabilité et à l’esprit de consensus de toutes les parties prenantes pour une élection apaisée et acceptée. »

Lucie Sarr