Prêtre du diocèse de Côme, dans le nord de l’Italie, le père Roberto Malgesini a été tué mardi 15 septembre par un sans-abri souffrant de problèmes mentaux. Le prêtre est unanimement salué pour son engagement et son dévouement pour les plus pauvres.

« Je rends grâce à Dieu pour le témoignage – c’est-à-dire pour le martyre – de ce témoin de la charité envers les plus pauvres. » Lors de l’audience générale qu’il tenait dans la cour Saint-Damase du Palais apostolique, mercredi 16 septembre, le pape François a rendu un hommage appuyé au père Roberto Malgesini. Prêtre du diocèse lombard de Côme, ce dernier a été tué la veille par un sans-abri atteint de troubles psychiques.

Si le drame a été rapidement élucidé – l’homme s’est de lui-même rendu à la police une heure après avoir commis le meurtre – l’Italie reste frappée par la mort de ce prêtre engagé auprès des plus pauvres, à commencer par celui qui l’a finalement tué. Ainsi, son évêque, Mgr Oscar Cantoni, a fait part de sa « douleur » et de sa « consternation », mais aussi de sa « vive fierté pour le témoignage d’un prêtre qui a donné sa vie pour Jésus à travers les plus humbles ».

« La ville et le monde n’ont pas compris sa mission »

« Je suis convaincu que don Roberto était un saint de la porte d’à côté, a encore déclaré l’évêque en reprenant une expression du pape François, pour sa simplicité, pour la gentillesse avec laquelle il allait à la rencontre de tout le monde, pour l’estime qu’il recevait de tant de personnes – même non croyantes ou non chrétiennes – pour l’aide fraternelle et solidaire qu’il a voulu apporter à tous dans cette ville qui a tant besoin d’apprendre la solidarité, qui est le nouveau nom de la paix. » En Italie, meurtre d’un prêtre engagé auprès des plus pauvres

L’évêque de Como, Oscar Cantoni, bénit le cercueil du père Roberto Malgesini le 15 septembre 2020 / MATTEO BAZZI/EPA/MAXPPP

Interrogés par les médias italiens, les fidèles de la paroisse San Bartolomeo de Côme ont les mêmes mots que Mgr Cantoni. Le père Malgesini était « trop bon, trop disponible » ont-ils ainsi expliqué au Corriere della Sera. « Depuis tout petit, il avait le désir de faire du bien aux autres et il y a réussi à la perfection, a pour sa part témoigné un prêtre qui le connaissait bien auprès d’Il Giorno. Il l’a fait jour après jour, avec une radicalité évangélique. »

Pour le directeur de la Caritas diocésaine, interrogé par la Repubblica, « don Roberto » était « une personne tendre, consciente des risques. La ville et le monde n’ont pas compris sa mission ». En 2017, rapporte le quotidien pour illustrer son dévouement envers les plus pauvres, le prêtre a bravé l’interdiction locale de distribuer de la nourriture aux sans-abri en organisant une soupe populaire sous le portique d’une église.

Récupération par l’extrême droite

Mort à l’âge de 51 ans, le prêtre ordonné en 1998 avait donc consacré son ministère aux plus pauvres. Lors d’une veillée de prière organisée mardi soir à la cathédrale de Côme, Mgr Cantoni est ainsi revenu sur le parcours de ce « prêtre heureux d’aimer Jésus en le servant dans les pauvres, les réfugiés, les sans-abri, les prisonniers, les prostituées ». Pour l’évêque, l’exemple de ce « nouveau martyr de la charité » doit servir à « promouvoir la culture de la miséricorde ».

Toutefois, la mort du prêtre sous les coups d’un migrant tunisien a aussitôt été récupérée par des partis politiques résolument contre l’accueil des migrants. Secrétaire général de la Ligue (extrême droite), Matteo Salvini a ainsi publié sur Facebook, quelques heures après sa mort, un montage photo sordide, titré « horreur à Côme ». Et l’ancien Vice-président du Conseil des ministres de déclarer le jour même, lors d’un meeting : « Un curé a été poignardé à mort par l’un des trop nombreux immigrants illégaux qui se trouvent en situation irrégulière dans ce pays et qui devraient plutôt être renvoyés chez eux ». Des mots qui détonnent donc dans une Italie marquée par ce meurtre.

Xavier Le Normand