Face au racisme, le danger du repli identitaire


[Retour sur l’actualité] : Le père Serge Martin Ainadou est prêtre du diocèse de Cotonou, en mission à l’École d’évangélisation « Jeunesse Lumière » en France. Chaque semaine, il propose une réflexion sur l’actualité.

À l’origine du racisme et de ses corollaires, il y a une idéologie développée par un certain Arthur de Gobineau, auteur de l’Essai sur l’inégalité des races humaines [1853]. Avec la thèse d’Ernest Renan – propagandiste de la colonisation – reposant sur une interprétation erronée de la fameuse « malédiction de Cham » dans la Bible, cet essai d’Arthur de Gobineau a été le livre de chevet de ce qu’on appelait au XIXe siècle, le racisme scientifique.

Ce racisme dit scientifique postulait pour une hiérarchie entre les peuples se basant sur des critères physiques comme la couleur de la peau.

La difficulté à expliquer cette symbolique sociale pourtant relative, selon que l’on passe d’un peuple à un autre, jouera malheureusement, dans l’histoire, un rôle décisif dans l’émergence de la hiérarchisation des races, cause lointaine de la traite négrière.

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Maintenant que, par le phénomène du brassage des races, les peuples s’ouvrent les uns aux autres et se découvrent mutuellement dans leur différence culturelle, doit-on continuer à développer des velléités racistes au XXIe siècle ?

Les événements ayant marqué l’actualité des dernières semaines – la mort de l’Afro-américain de 46 ans, Georges Floyd le 25 mai à Minneapolis aux États-Unis – restent encore vifs dans les esprits.

Couleur

En outre, dans la mesure où un long héritage culturel prégnant associe le noir au négatif, il nous semble important de rappeler qu’il y a une valeur symbolique derrière chaque couleur dans l’univers de chaque peuple. Cette valeur symbolique varie selon les époques et les civilisations, par le fait même qu’elle repose sur un langage culturel particulier.

En définitive, ce n’est pas tant la couleur de la peau (un accident) qui détermine la dignité d’une personne que l’être. Il en va de même, pour d’éventuels procès racistes que l’on pourrait, par excès, intenter à un artiste reproduisant, par exemple, une statue du diable, fût-elle peinte en blanc. Pour notre part, ce n’est pas, la couleur qui donnera ici une solidité ontologique à l’existence de cet esprit, mais c’est le fait que le diable soit plutôt une « non personne » selon une expression de Joseph Ratzinger. Or est « non personne » en théologie, non pas ce qui n’existe pas, mais ce qui est incapable d’amour, de relations interpersonnelles par opposition à la « personne ».

Le danger du repli identitaire

De toute évidence, la haine que développe une thèse raciste apparaît comme l’expression manifeste d’un déni, d’un mal contre lequel on ne peut lutter que par l’amour de l’étranger. Cette démarche, suppose de cultiver l’esprit d’ouverture aux autres dans le dialogue et l’écoute. Cela pourrait nous faire éviter de nous enliser alors dans toutes tentations de repli identitaire et de rejet de l’autre.

Père Serge Martin Ainadou