Fait religieux et Covid-19


[Retour sur l’actualité] : Le père Serge Martin Ainadou est prêtre du diocèse de Cotonou, en mission à l’École d’évangélisation « Jeunesse Lumière » en France. Chaque semaine, il propose une réflexion sur l’actualité.

La gestion de la crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19 dans certains pays africains a révélé certaines tares sociologiques que quelques observateurs avertis soupçonnaient déjà, dès les débuts de la pandémie sur le continent. Ces tares se traduisent par une réelle difficulté de contextualisation de la gestion de cette crise et d’une affirmation souveraine de soi quant à l’équilibre à conserver entre le politique et le religieux.

En outre, le Covid-19 aura révélé la difficulté d’une acculturation de nos pays africains aux prises avec les limites d’une mondialisation qui tente d’évacuer le fait religieux de son espace d’expression. Le malaise, au regard de l’actualité et du traitement réservé au fait religieux dans certains pays du continent est profond.

La place du fait religieux dans la société contemporaine

En réalité, c’est toujours dans le but de faire respecter le bien commun par tous et, par conséquent, de préserver les populations contre la menace d’une propagation de la pandémie de Covid-19 que les autorités se trouvent dans l’obligation morale d’imposer des restrictions aux libertés. En son temps, ces légitimes décisions, quoique contraignantes, ont été saluées en Afrique. Là où le bât blesse c’est qu’en même temps que ces mesures de lutte contre la pandémie sont applicables à tous, l’on autorise des activités à caractère non religieux mobilisant pourtant des foules. Dans quelle catégorie loge-t-on le fait religieux dans une société dite post-moderne où l’on se dépersonnalise ?

La question est loin d’être banale. Elle soulève une autre vaste problématique, celle qui met faussement en rapport d’égalité laïcité et modernité par opposition à tout ce qui est religieux.
Ainsi, loger la religion à la même enseigne que les choses non essentielles, dans le contexte de la gestion de la crise sanitaire traduit une certaine méconnaissance du fait religieux. C’est alors que se pose le problème de la légitimité de certains comportements des politiques face au fait religieux, désormais confiné dans un espace privé.

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Si la mondialisation, n’a pas réussi à réduire la religion à une pratique archaïque dont notre époque aurait moins besoin, c’est précisément parce qu’elle ne repose pas sur un système temporel ou politique.

De peur de tomber dans le travers des incohérences, notamment dans le cadre de l’application des mesures de lutte contre la pandémie de Covid-19, des efforts de concertation entre autorités et confessions religieuses doivent se tenir ou se poursuivre. Il faudrait aussi privilégier la persuasion à la coercition, notamment par la sensibilisation. En outre, une volonté politique de garder le principe de neutralité laïque tout en faisant respecter la sacralité du fait religieux est essentielle.

Père Serge Martin Ainadou