Homélie du dimanche : « La foi est toujours bien au-delà des témoignages qui l’accréditent »

Père Serge Bemegne Ombono/DR
19 avril 2020 1 commentaire

Homélie du 2e Dimanche de Pâques année A, par le père Serge Bemegne Ombono, religieux de l’Odre de la Merci, curé de la paroisse de l’Immaculée conception de la Briquerie à Yaoundé (Cameroun).

Frères et sœurs dans la foi, loué soit Jésus christ et joyeuse Pâques à toutes et à tous. Nous célébrons aujourd’hui le 2e dimanche de Pâques, dernier jour dans l’octave de Pâques. C’est aussi le dimanche de la miséricorde divine depuis que le Saint Pape Jean Paul II en a annoncé l’institution le 30 avril 2000. Nous sommes invités aujourd’hui, non seulement à contempler la miséricorde de Dieu qui détruit l’emprise que le mal peut avoir sur nous, mais aussi à être pour les autres miséricordieux. C’est l’occasion donc pour chacun de nous de redécouvrir de manière plus pratique les œuvres de miséricorde corporelles (Donner à manger aux affamés, donner à boire à ceux qui ont soif, vêtir ceux qui sont nus, accueillir les étrangers, assister les malades, visiter les prisonniers, ensevelir les morts) et les œuvres de miséricorde spirituelles (Conseiller ceux qui sont dans le doute, enseigner les ignorants, avertir les pécheurs, consoler les affligés, pardonner les offenses, supporter patiemment les personnes ennuyeuses, prier Dieu pour les vivants et pour les morts)

L’Évangile que nous lisons aujourd’hui nous rapporte l’épisode de l’apparition de Jésus après sa résurrection à ses disciples alors que ces derniers sont en « confinement » ou mieux dans une espèce d’auto-incarcération. En effet, « Les disciples avaient verrouillé les portes du lieu où ils étaient, car ils avaient peur des Juifs ». Jn 20, 19b Ceci se produit en l’absence de Thomas, l’un des douze. Même si l’Évangile reste muet sur la raison de cette absence, l’on ne peut pas manquer de penser que Thomas l’un des douze n’aurait pas dû être absent. Il a loupé, comme beaucoup d’entre nous très souvent, les lieux, les contextes et les moments où le Seigneur nous donne rendez-vous et nous attend. Heureusement pour lui, il aura la chance de se rattraper huit jours plus tard.

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Comme Thomas, allons-nous nous aussi être absents de ces lieux, temps et rendez-vous de l’histoire où le Seigneur nous rejoint ? La pandémie du Corona Virus que vit notre monde nous appelle à plus de solidarité et à plus de complémentarité là où la logique de l’individualisme et du capitalisme néo-libéral était devenue la norme vantée et adoptée par presque tout le monde. Mais à côté de ce modèle, la première lecture de ce jour nous rappelle l’idéal que poursuivaient les premières communautés chrétiennes. La mise en commun des biens, conséquence de la vie fraternelle qui y est décrite participe justement de ce besoin d’être plus solidaires les uns des autres, davantage attentifs aux besoins des autres et surtout réactifs face à ceux-ci. Nous dirons que c’est là un rendez-vous de l’histoire où sont attendues toutes nos communautés humaines. A l’opposé de Thomas ne loupons pas ce rendez-vous avec le Ressuscité et si il nous avait été donné par le passé de briller par notre absence, considérons que nous avons comme Thomas l’occasion aujourd’hui de nous rattraper.

D’autre part, Thomas est souvent, dans le langage courant, considéré comme le saint patron de ceux qui demande des preuves pour être convaincus. En effet, face au témoignage des autres disciples, il est péremptoire « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt à l’endroit des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je n’y croirai pas »Jn 20, 25b Face à cette posture, Jésus lui fera cette exhortation pressante « Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. » Jn 20, 29. Tout en précisant qu’il s’agit d’une exhortation qui est faite dans le cadre strict de la foi et de la relation qu’elle suppose avec Dieu, les paroles de Jésus sonnent comme un reproche à l’endroit de ceux qui subordonnent la foi aujourd’hui à la présentation des preuves. La foi est toujours bien au-delà des témoignages qui l’accréditent. Et là où on pose l’existence de preuves comme condition de la foi, celle-ci disparait pour ne laisser que ces preuves.

Prions frères et sœurs en ce dimanche pour que le Seigneur nous accorde la grâce qu’après avoir goûté aux délices de sa miséricorde, nous éprouvions l’ardent désir d’être nous aussi miséricordieux. Prions aussi pour qu’il fasse grandir notre foi et nous donne de la manifester dans tous les rendez-vous de l’histoire et de la vie où il nous rejoint et nous attend. Amen

P. Serge Bemegne Ombono, Mercédaire

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