Homélie du dimanche: « Notre avenir sera heureux si nous savons nous attacher au trésor et à la perle du Royaume »


Homélie du 17e dimanche du temps ordinaire, par le père Guy Sibilé Ehemba, en mission à Sam Sam 3, un quartier de la commune de Diamaguène Sicap Mbao, dans l’archidiocèse de Dakar, au Sénégal.

Après la parabole du semeur et celle du bon grain et de l’ivraie, des deux dimanches derniers, aujourd’hui encore ce sont trois autres paraboles qui nous sont proposées : celles du trésor, de la perle et du filet. Ces paraboles parlent de la rencontre avec Dieu, car le Royaume de Dieu dont il est question, c’est en réalité Dieu lui-même. Cette rencontre de Dieu est comparée à un trésor caché dans un champ et aussi une perle de grande valeur. Il s’agit donc d’une découverte, source de grande joie  : « Dans la joie, il va vendre tout ce qu’il possède, et il achète le champ.» Celui qui trouve une telle perte n’hésite pas à vendre aussi tout ce qu’il possède pour acheter cette perle.

A travers ces deux images, Jésus veut nous dire, ce que doit être notre attitude par rapport au Royaume des cieux. Ce Royaume est ce qui a le plus de prix, c’est ce que l’on doit préférer à toute autre chose, ce à quoi l’on doit sacrifier tout le reste – et cela dans la joie. Comment ne pas penser à l’appel de Jésus au jeune homme riche : Tu as trouvé un trésor, tu m’as trouvé, tu veux me suivre : vends tout ce que tu as et donne-le aux pauvres. C’est en donnant aux pauvres qu’on achète la présence du Seigneur. C’est en se débarrassant de tout ce dont on n’a pas besoin, en le vendant et en le donnant aux pauvres qu’on va recevoir ce don précieux qu’est la présence du Christ.Jésus nous rappelle donc qu’il nous faut renoncer à tout ce qui n’est pas Lui, à ce qui ne nous donne pas la joie et la paix.

Il nous demande de renoncer à ce qui est trop souvent limité et qui nous cause bien souvent du trouble, des soucis. Il est vrai que certains se laissent duper par de faux trésors. On croit être plus heureux avec beaucoup d’argent et de richesses. Pour les obtenir, certains n’hésitent pas à utiliser le mensonge, la corruption, le vol, la violence et les compromissions. Ils vont même jusqu’à vendre leurs « âmes au diable » ; ils courent dans tous les sens à la recherche du pouvoir, des honneurs et de l’avoir. Mais au bout du compte, l’accumulation de l’argent et des biens matériels acquis dans la malhonnêteté ne peuvent vraiment nous combler.

A lire : Homélie du dimanche: « Dieu n’a pas créé le mal, car tout ce que Dieu a créé est bon »

Oui, nous sommes trop peu intéressés par la richesse de la présence de Dieu dans nos vies. Nous préférons les biens de ce monde qui procurent un bonheur éphémère et apparent, qui nous rendent aveugles et qui ne nous permettent pas de rester attacher à Dieu. Et pourtant, le message de Jésus est clair : il faut se détacher de tout pour acquérir le bien précieux.

C’est pourquoi nous propose aujourd’hui ce trésor. Il s’agit d’une valeur sûre qui nous est offerte gratuitement et sans mérite de notre part. Il dépasse infiniment tout ce que l’homme peut posséder. Nous l’avons compris, ce trésor c’est l’amour de Dieu, c’est sa vie divine. Avec ce trésor unique, nous gagnons la vie, la tranquillité, la paix intérieure le bonheur. Nous gagnons au centuple ce que nous avons perdu. Le psaume de ce jour le dit bien : « Mon bonheur, c’est la loi de ta bouche, plus qu’un monceau d’or ou d’argent… J’aime tes volontés, plus que l’or le plus précieux ».

Dans la première lecture, nous voyons que c’est une disposition de ce type qui habitait Salomon ; ce roi n’avait pas demandé la richesse ni la mort de ses ennemis, il avait demandé ce qui était pour lui essentiel : « un cœur attentif pour qu’il sache gouverner le peuple et discerner le bien et le mal ». Il demande à Dieu le don de bien servir l’Alliance entre Dieu et son peule. Tout cela n’a rien à voir avec la gloire personnelle, les richesses, la considération et les honneurs.

La question est de savoir si nous sommes aussi logiques, aussi décidés quand il s’agit de valeur d’éternité. Autrement dit, quel prix sommes-nous prêts à payer pour le Royaume de Dieu qui est non seulement une richesse incomparable pour ici-bas, mais qui conditionne également la qualité et le bonheur de notre vie au-delà de la mort ?

L’important c’est de nous mettre continuellement dans une attitude de recherche et d’accueil. Ce n’est pas pour rien que Jésus a dit : « Cherchez et vous trouverez ». Si nous ne cherchons pas, nous ne trouverons pas la perle précieuse. Cette recherche, c’est le désir de connaître qui est Dieu. Nous devons le chercher avec droiture. Si nous cherchons la lumière et la vérité de notre vie, nous finirons par la trouver. Mais cela ne sera possible que si nous fermons nos oreilles aux rumeurs destructrices et à toutes les chansons du mal qui empoisonnent nos existences ; il importe que nous ouvrions nos yeux aux merveilles de tendresse, de service, de générosité et de réconciliation qui naissent chaque jour, parfois tout près de nous. C’est là que nous trouverons le Seigneur, notre seul vrai trésor. Il ne s’agit pas seulement de le trouver, mais aussi de l’aimer pour qu’il laisse advenir en nous son règne de paix et d’amour. C’est ce que saint Paul a voulu faire comprendre dans sa lettre aux Romains que nous avons écoutée dans la deuxième lecture : « Frères, nous le savons, quand les hommes aiment Dieu, lui-même fait tout contribuer à leur bien, puisqu’ils sont appelés selon le dessein de son amour ».

Alors comme pour nous sortir de notre sommeil spirituel, le Seigneur ajoute la troisième parabole. Le Royaume est comparé ici à un filet en train de se remplir en prenant toutes sortes de poissons dont les uns sont bons et les autres sans valeurs. Ce filet sera tiré sur le rivage pour faire un tri : image, nous dit Jésus, de ce qui se passera à la fin du monde lorsque les justes et les méchants seront séparés. Mais cette parabole n’est pas d’abord une description de ce qui adviendra, elle est plutôt à entendre comme une prophétie qui nous invite aujourd’hui à choisir le chemin de la vie et de l’amour. Jésus ne dit pas à certains « vous serez sauvés » et à d’autres « vous serez perdus » (son désir, nous le croyons, est bien plutôt que tout homme soit sauvé !) ; mais il nous prévient que notre existence présente n’est pas neutre : c’est aujourd’hui que se joue notre avenir, un avenir qui risque d’être malheureux si nous refusons les biens du Royaume, un avenir qui sera heureux si au contraire nous savons nous attacher au trésor et à la perle du Royaume qui consiste à aimer, à servir comme Dieu.

L’évangile se termine par une question de Jésus : « avez-vous compris tout cela ? » C’est à nous tous, à moi et à vous, que Jésus continue à poser cette question. Il ne s’adresse pas à notre intelligence mais à notre cœur ; quand on a vraiment compris que Jésus est notre seul trésor, on ne peut que l’accueillir avec beaucoup de joie et beaucoup d’amour. Et cet amour, il faudra le prouver chaque jour à travers tout notre comportement.

Que Dieu nous donne de toujours désirer, rechercher et trouver le vrai trésor.