Journée de l’Enfant africain : mémoire, défis et espoir


[Contribution] : Barwendé Médard Sané est un prêtre jésuite du Burkina Faso et doctorant à la School of Education de l’Université de San Francisco, Californie (États-Unis).

Dans cette contribution, il évoque la journée de l’Enfant africain fêtée ce 16 juin en lien avec l’actualité sur le racisme.

Le 16 juin de chaque année, l’Union africaine et les organisations des droits de l’enfant célèbrent la Journée de l’Enfant Africain. Cette commémoration qui remonte à 1991, a été lancée pour saluer la mémoire des enfants de Soweto (Afrique du Sud), massacrés lors d’une manifestation pacifique contre une loi d’éducation discriminante en 1976. Le danger de l’éducation « Bantu » qu’on voulait imposer aux Africains avec l’afrikaans comme langue de base, venait de sa charge politique et culturelle, à savoir perpétuer le système d’apartheid.

Faire mémoire de ces martyrs, tombés sous les balles meurtrières des suprémacistes blancs, c’est honorer la mémoire de tous ceux qui se sacrifient pour une éducation de qualité en Afrique. C’est aussi repenser la place de l’homme noir dans le concert des civilisations et surtout questionner les défis actuels de l’Afrique, à l’heure où la problématique raciale ressurgit avec force, depuis le meurtre à Minneapolis (États-Unis) de Georges Floyd le 25 mai 2020.

Pour le philosophe Achille Mbembé, « le meurtre de George Floyd sur un trottoir à Minneapolis n’est pas une erreur. C’est une dimension structurale de la substance des États-Unis. (…) Ce pays ne serait pas ce qu’il est si, de temps à autre, il ne brisait pas la nuque d’un homme noir et ne lui coupait, ce faisant, le souffle ». Mais bien au-delà des États-Unis d’Amérique, le racisme semble structurel. Sur tous les continents et même en Afrique, de nombreux noirs doivent constamment justifier leur raison d’être sur la terre bien que tous s’accordent à admettre que l’Afrique est le berceau de l’humanité et qu’il n’y a qu’une seule race, celle des humains.

Résister au racisme

Afin de résister au racisme, les Africains et leurs descendants ont choisi d’adopter des positions différentes. Pour les premiers, il faut répondre à la violence par la violence. Ce fut le cas de Malcom X. Pour les seconds, il faut dénoncer le mal, négocier et savoir dialoguer. Martin Luther King et Nelson Mandela sont les tenants de cette approche. Pour d’autres encore, comme Thomas Sankara, il faut imposer le respect et l’auto-détermination grâce à une émancipation économique et politique. À côté de ces positions courageuses, plusieurs autres Africains préfèrent embrasser des attitudes de survie  : la démission, l’assimilation ou encore l’accompagnement. Les démissionnaires ignorent le problème racial en acceptant une forme de paix négative mais tranquille. Les assimilationnistes ont fait l’option de nier aussi bien la pigmentation de leur peau que leurs racines. Les accompagnateurs, quant à eux, collaborent à piller le contient en se faisant les bras armés de certaines institutions ou multinationales.

Miser sur l’éducation

Pour une fidélité créatrice à la mémoire des martyrs de Soweto, l’Afrique doit miser sur l’éducation. En effet, les Africains doivent s’armer de puissance spirituelle, anthropologique, scientifique et économique. Celle-ci passe par la « purification » des religions importées mais également la conjugaison des sciences modernes avec les mystères des bois sacrés. En clair, tradition et modernité doivent coopérer en Afrique.

Avec les institutions financières du monde, l’Afrique doit négocier d’égale à égale, car le continent ne manque pas de ressources. Il importe, pour ce faire, de mettre en place des mécanismes de coopération équitable entre les pays africains et le reste du monde. Les leaders africains doivent, de leur côté, diriger leurs peuples avec justice et démocratie. En vérité, le rêve de tous les enfants africains sera réalité, au prix d’une triple révolution. Une révolution de l’imaginaire qui pense positivement l’Afrique, une révolution qui invente de nouvelles rationalités et une révolution qui ré-imagine des structures éducatives appropriées au continent. Car « l’éducation est l’arme la plus puissante que l’on puisse utiliser pour changer le monde », comme le disait Nelson Mandela.

Père Barwendé Médard Sané