La situation sanitaire des 800 familles expulsées de Makima, dans la zone orientale du Kenya, et exposées au covid-19 inquiète les responsables religieux. Ils appellent le gouvernement à venir en aide à ces populations en détresse.

À la suite du président de la section d’Embu du Conseil national des Églises du Kenya (Ncck), l’évêque d’Embu, Mgr Paul Kariuki, a dénoncé l’expulsion de force par la police, le 24 avril, des habitants de Makima, dans la zone orientale du Kenya.

La situation sanitaire d’environ 800 familles issues des villages de Muthithu, Ndunguni, Twanyonyi, Kituneni, Mwanyani et Nunga, inquiète l’évêque d’Embu, qui leur a rendu visite, le 14 mai, dans l’école primaire de Ndunguni et dans ses environs, où elles sont actuellement réfugiées.

Ces familles qui vivent désormais dans la précarité et la promiscuité, « risquent une pandémie de Covid-19 car elles sont enfermées dans des espaces confinés sans masque, ne respectent pas les distances de sécurité et ne disposent pas d’eau et de savon pour se laver », alerte l’ordinaire d’Embu qui appelle le gouvernement à les réinstaller d’urgence. En plus des forts risques de contamination au coronavirus, « il y a la menace de maladies transmissibles comme le choléra et aussi la typhoïde » insiste Mgr Kariuki.

« Expulsion inhumaine »

L’expulsion d’un peu plus de 5 000 personnes le samedi 24 avril d’une parcelle litigieuse de 66 000 hectares appartenant selon la justice à l’Autorité de développement des rivières Tana et Athi (Tarda), avait créé l’émotion et un grand sentiment de compassion au sein de la population.

Jeudi 6 mai, la section d’Embu du Conseil national des Églises du Kenya (Ncck) « attristé par la manière dont les résidents ont été expulsés de manière inhumaine », avait exhorté le gouvernement à trouver rapidement des terres alternatives pour installer les personnes expulsées de ces terres.

Dans une déclaration lue par son président Njeru Nyaga, l’organisation chrétienne faisait également remarquer que le moment de l’expulsion était mal choisi, puisqu’elle a eu lieu alors que le pays connaît une troisième vague de Covid-19, exposant de ce fait les personnes expulsées à la maladie. Le conseil a appelé le gouvernement à aider les résidents à s’installer et à leur fournir de la nourriture alors qu’ils commencent leur nouvelle vie.

« Les expulsions ont eu lieu pendant les pluies »

Les habitants vivaient depuis plusieurs décennies dans cette zone qu’ils revendiquent comme appartenant à leurs ancêtres terre ancestrale. Ils affirment avoir donné ces terres pour la construction du barrage de Masinga et n’avoir reçu aucune compensation.

« Nos compatriotes kényans méritent le respect. Même s’il existe une décision de justice, le gouvernement doit agir comme une « mère » qui prend soin de ses enfants », dénonce l’évêque d’Embu. « Les expulsions ont eu lieu pendant les pluies. Rien ne justifiait l’expulsion forcée de personnes et la destruction de leurs biens. Le gouvernement aurait dû les avertir en préparant un terrain alternatif pour leur réinstallation. »

Guy Aimé Eblotié (avec Fides)