« La crise économique actuelle attirera encore plus de démunis dans les paroisses d’où la nécessité de la solidarité »

Mgr Ignace Bessi Dogbo, président de la conférence es évêques catholiques de Côte d’Ivoire/ Guy Aimé Eblotié
22 avril 2020 pas de commentaire

Mgr Ignace Bessi est évêque de Katiola et administrateur de Korhogo, deux diocèses du Nord de la Côte d’Ivoire. Il est aussi président de la Conférence des évêques catholiques de Côte d’Ivoire (Cecci) et en charge du Fonds national catholique, une caisse commune à tous les diocèses ivoiriens et dont le but est de favoriser une communion et une autonomie de l’Église.

Dans cet entretien avec La Croix Africa, il aborde les questions financières dans l’Église ivoirienne dans ce contexte de crise sanitaire.

À la crise sanitaire liée à la pandémie du coronavirus se greffe une crise économique qui commence déjà à se faire sentir de nombreux diocèses africains, très dépendants des quêtes et autres offrandes des fidèles. Comment analysez-vous cette situation ?

Mgr Bessi : Il y a, à mes yeux, un mot qui résume toute cette situation : la solidarité, la communion solidaire. Dans une communauté, il existe toujours des personnes nanties et d’autres qui le sont moins.

Et l’on sait que l’Église vit des dons de ses fidèles en temps normal. Est-ce qu’en temps de crise, elle peut continuer à vivre du don de ses fidèles ? La réponse est oui. Parce que l’Église, ce n’est pas seulement les prêtres. C’est le clergé et les fidèles. En temps de crise, les fidèles les plus nantis devraient donner plus au niveau des paroisses afin que les prêtres qui reçoivent ces dons puissent faire vivre les paroisses et organisent la charité pour venir en aide aux plus démunis. C’est déjà ce que font les Caritas paroissiales, diocésaines et nationales. Donc la situation économique actuelle – avec la multiplication des personnes qui sont en chômage technique ou dont les activités génératrices de revenus ont été brutalement arrêtées – attirera encore plus de démunis dans les paroisses d’où la nécessité de la solidarité. C’est ce qui se faisait dans les premières communautés chrétiennes. Cela nous rappelle les quêtes que l’apôtre Paul avait organisées au profit des chrétiens de Jérusalem. Le but était que les chrétiens de la diaspora aident ceux de Jérusalem afin que l’équilibre soit rétabli.

Au niveau des deux diocèses dont vous avez la charge [Korogho et Katiola] rencontrez-vous des problèmes pour subvenir aux besoins du clergé ?

Mgr Bessi : Nous avons, depuis quelques années, une péréquation qui concerne les honoraires de messe. Jusqu’à présent, il n’y a donc pas de soucis. C’est plus difficile pour les prêtres dont la vie est liée à la quête de dimanche. Mais ce problème a été posé avant la crise et une organisation avait été ébauchée. Nous avons demandé à ces paroisses de faire l’inventaire de ce qu’elles ont afin de compléter ce qui leur manque. De plus, les chrétiens de ces diocèses vivant sur le territoire diocésain ou à Abidjan, en voyant la situation ont décidé d’aider sans qu’on ait besoin de le leur demander. Concernant le personnel administratif, l’idée de chômage technique est déjà exclue car je me dis que mettre des salariés en chômage technique, c’est comme les envoyer mourir de faim.

D’ailleurs, nous n’avons pas beaucoup de personnel sauf au niveau des écoles catholiques où nous avons demandé que la direction diocésaine travaille en lien avec la direction nationale de telle sorte que nous puissions appliquer les décisions qui y seront prises. Et là, c’est une démarche de négociation qui sera privilégiée.

Certains prêtres ont demandé que la Conférence épiscopale puise des ressources dans la caisse établie par le Fonds national catholique pour venir en aide aux fidèles éprouvés par la crise, qu’en pensez-vous ?

Mgr Bessi : Je me réjouis de cette préoccupation. Le Fonds national catholique est une caisse commune à tous les diocèses et qui permet d’être autonome dans la solidarité. Ces prêtres sont dans leur rôle puisque quand il y a un problème dans la société, c’est leur devoir de réagir. La seule question qui se pose, c’est comment faut-il procéder ?

La première remarque est que le Fonds national catholique existe depuis 6 ou 7 ans et nous faisons chaque année une collecte pour faire vivre cette caisse commune. Mon avis et que si nous avions tous efficacement contribué à cette collecte – sans rechigner et murmurer – nous aurions obtenu une somme qui serait tellement élevée que nous aurions même pu anticiper le problème de la crise actuelle. Cela n’a malheureusement pas été le cas cette année. En outre, la bonne démarche aurait été que ces prêtres qui expriment ce souhait en parlent à leurs ordinaires qui auraient transmis ce besoin à la Conférence épiscopale. Celle-ci pourrait ensuite voir ce qu’il est possible de faire.

Recueilli par Lucie Sarr

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