[Ma foi d’Africain] : Chaque mois, La Croix Africa reprend la chronique « Ma foi d’Africain », du Prions en Église Afrique, le missel de prière édité par Bayard Afrique.

Au mois de juin, le père Paulin Sébastien Poucouta, prêtre du diocèse de Pointe-Noire, au Congo Brazzaville, docteur en théologie biblique et en histoire des religions propose une réflexion sur l’Assomption de la Vierge Marie célébrée le 15 août.

En ce mois d’août, nous avons célébré l’Assomption de Marie, une fête particulière pour les chrétiens. Elle nous fait tourner les regards vers Marie, la mère du Seigneur et la nôtre. Elle nous fait voir la communion entre le fils et la mère qui ne pouvait pas s’arrêter ici-bas. Mais avec Marie, notre regard va vers le Seigneur qui réalise son œuvre de salut dans nos moments de doute. Ce sera l’occasion d’entendre le livre de l’Apocalypse, un livre d’espérance, tant prisé en moments de crise, où il est possible de bâtir du neuf parce que rien n’est impossible à Dieu.

Le livre de l’espérance

En effet, dans le langage habituel, l’apocalyptique est synonyme de catastrophe, en raison des images qu’utilise l’auteur. Or, une bonne étude du livre montre que l’Apocalypse, à la suite des livres prophétiques, est avant tout un livre d’espérance. Cette espérance n’est pas un optimisme béat. Elle n’est pas non plus pessimisme. L’espérance transforme le pessimisme en réalisme. Jean a, en effet, un regard réaliste sur l’histoire des hommes où le mal est concrètement présent.
Aussi, cette espérance est liée à une conversion radicale. Conversion des nations païennes dite à travers le langage vigoureux de la littérature apocalyptique. Celui-ci est fait d’annonces de jugements et de châtiments, qui sont en fait des appels à une conversion urgente et radicale. Conversion des communautés chrétiennes, comme signe et ferment d’une histoire nouvelle.

Au cœur de la crise

De manière réaliste, le livre de l’Apocalypse johannique proclame qu’au cœur de cette histoire labourée par des affrontements est présent Jésus, mort et ressuscité, victorieux à jamais. Il vient détruire le monde ancien et transfigurer l’histoire.
Ainsi, la première lecture nous montre une femme confrontée aux forces du mal représentées par le dragon. Cette femme, symbole d’Israël, de l’Église et de l’histoire est l’image de Marie qui donne Jésus au monde, malgré toutes les formes d’adversité. Elle est l’image du monde et des chrétiens confrontés chaque jour aux puissances de la mort.
La fragilité dont Marie est le symbole peut être source de salut, si on accueille le projet de Dieu. Elle est une femme, donc considérée comme fragile dans la société. Elle est jeune, certainement moins de 16 ans. Ses parents lui ont trouvé un fiancé. Dieu lui propose un autre projet, plus grandiose. Alors, sa fragilité devient lieu de salut, non seulement pour elle et son peuple, mais pour l’ensemble de l’humanité. Parce qu’elle accepte le projet de Dieu, alors rien n’est impossible. Marie vit déjà ce que vivra son Fils Jésus qui se présente dans la fragilité humaine, une fragilité qui va jusqu’à la mort ignoble sur la croix. Mais de cette fragilité jaillit la vie de Dieu et le salut de l’humanité.

Rien n’est impossible à Dieu

Depuis Irénée de Lyon, la femme de l’Apocalypse est également le symbole de l’Église. À chacun de nous, elle apprend que Dieu construit des choses extraordinaires sur notre fragilité, à condition, d’accepter d’entrer dans le projet de Dieu. La fragilité, nous en faisons tous l’expérience quotidienne, surtout avec l’âge, avec la souffrance, les coups de la vie, avec nos faiblesses. La fragilité, c’est aussi et surtout la mort qui nous guette, qui nous environne, comme en ce moment. La fragilité, c’est aussi l’égoïsme, la corruption, le mensonge, tout ce qui tue nos vies, nos communautés et nos peuples. La fragilité, c’est également celle de nos peuples, de notre continent auxquels nous sommes attachés. Aujourd’hui aussi, de toutes ses formes de fragilité peut jaillir la vie de Dieu, l’espérance, le développement, si nous acceptons d’entrer dans le projet de Dieu, car rien n’est impossible à Dieu.Je refais tout à neuf
Le livre de l’Apocalypse clame la nouveauté que Dieu a introduite dans le monde depuis la résurrection de son fils. Ses disciples doivent être, au cœur d’une histoire labourée d’affrontements, les témoins de cette renaissance de la société. Ce qui se résume dans cette phrase de Dieu qui trône à la fin du livre : « voici, je refais tout à neuf » (Ap 21, 5).
Ces quatre mots expriment la nouveauté que doit susciter une lecture africaine de l’Apocalypse. La violence que nous décrit le livre est pour lui une figure de l’histoire africaine, profondément meurtrie, mais capable de se relever, de se reconstruire avec la force du Ressuscité. En lui s’invente et se célèbre l’histoire renouvelée du continent.

Père Paulin Sébastien Poucouta