Le père Eleuthère Ouensavi est membre de la Société des missions africaines (SMA). Chercheur en théologie pastorale et catéchétique, il enseignant à l’Institut catholique missionnaire d’Abidjan (Icma).

Dans cet entretien avec La Croix Africa, il donne un éclairage sur la catéchèse en Afrique.

La Croix Africa : Avec le Motu proprio « Antiquum ministerium » qui sera publié mardi 11 mai, le catéchisme sera considéré « comme un véritable et authentique ministère de l’Église ». Quelle incidence l’institution du catéchisme en ministère pourrait-elle avoir ?

Père Eleuthère Ouensavi : Dans l’esprit de l’Église catholique et selon le Guide des catéchistes de 1993, catéchiser est une mission ecclésiale de grande importante. Le rôle de l’activité catéchétique des laïcs est, sans ambiguïté, une vocation. Cette publication suscitera certainement une redécouverte de la place du catéchiste et un renouveau de son profil.
Cet acte d’importance capitale, que posera le souverain pontife, nous interpelle d’abord sur le regard que nous portons sur les acteurs de la catéchèse, la place que nous leur réservons et les rôles que nous leur assignons. C’est peut-être le moment propice pour que les responsables d’Eglise aient une conscience renouvelée de la vocation catéchétique et lui accordent une responsabilité plus grande. Ainsi, l’animation à cette vocation, le discernement et la formation à ce ministère, le profil et les qualités (vertus et compétentes) qu’exige ce lieu de mission et le mandat que l’Église donne au nom du Christ pour proclamer la Bonne Nouvelle et conduire à la foi en Jésus-Christ, rentrent-ils dans le grand laboratoire de la rénovation.

La Croix Africa : Quel doit être le rôle du catéchiste, notamment dans les zones où il n’y a pas assez de prêtres ?

Père Eleuthère Ouensavi : En Afrique et ailleurs dans le monde, là où il y a pénurie de ministres ordonnés dans la chrétienté, le catéchiste est un véritable visage de l’Église. Il assume des charges pastorales presque équivalentes à celles qui reviennent aux ministres ordinaires. Ces agents pastoraux sont, par leur contact et leur proximité, une référence pastorale pour témoigner de la sollicitude divine, en réponse au mandat reçu du Christ. Ainsi, n’est-il pas rare de voir des catéchistes qui dirigent les célébrations de la Parole de Dieu et administrent le sacrement de l’Eucharistie en absence de ministre ordonné parce qu’ils y sont autorisés au nom de l’Église. Ils font les veillées funèbres et les absoutes. Cette visibilité de l’Église fait d’eux plus que de simples enseignants du donné révélé, le donné de la foi. Non seulement, ils accueillent et accompagnent à Jésus en termes de savoir ou de connaissance pour mieux vivre la rencontre et l’alliance avec lui mais ils en deviennent, par leurs compétences diverses au sein de la communauté de foi, des animateurs témoins du cheminement. Ici, l’élévation de leur apostolat est une reconnaissance singulière qui traduit, sous la mouvance de l’Esprit du Ressuscité, qu’il y a des ministères non consacrés de grande importance aujourd’hui et que le fonctionnement de l’Église est lié, chacun à son degré, à tous les membres du corps du Christ.

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Face aux défis du monde dans son contexte actuel, la revalorisation des catéchistes, l’élévation de la dignité de leur engagement et le fait de leur faire une juste place pour une collaboration plus évangélique et fraternelle n’est-elle pas une nécessité ? C’est à cette urgence ecclésiale et pastorale que le pape François, j’imagine dans son discernement et dans sa pédagogie, répond en donnant ce motu proprio. Je suis certain que cet instrument laissera un impact fort sur la vie dans nos églises.

Quels sont les grands défis de la catéchèse en Afrique ?

Père Eleuthère Ouensavi : La catéchèse est le poumon de l’évangélisation. À ce titre, elle doit relever plusieurs défis. Nous pouvons citer, par exemple : le recrutement et la formation holistique appropriée des catéchistes. Il serait également intéressant que la formation catéchétique soit contextuelle et en dialogue avec la situation de l’homme africain face aux développements technologiques et scientifiques. De plus, la catéchèse gagnerait à allier pédagogie, formation intégrale et objectifs. La catéchèse mystagogique, c’est-à-dire axée sur la maturation constante de la foi, le témoignage et la mission représente aussi un défi.

Nous devons, par ailleurs noter que la catéchèse en Afrique est à l’épreuve du syncrétisme, de l’incroyance, du sécularisme, de la sorcellerie, la corruption, les conflits interreligieux et interculturels, du pouvoir économique et des problèmes du développement social.

Un autre défi important est l’inculturation et l’accompagnement des fidèles pour passer les étapes de la vie. Enfin, il faudrait repenser la place et le rôle des laïcs dans la formation continue (voire la rémunération des catéchistes).

Recueilli par Lucie Sarr