Le grand imam burkinabé de Djibo retrouvé mort après son enlèvement

Prônant la tolérance, œuvrant depuis des années au rapprochement entre chrétiens et musulmans, Souaibou Cissé avait été enlevé par des hommes armés mardi 11 août. Le corps sans vie du grand imam de Djibo, au nord du Burkina Faso, a été retrouvé samedi 15 août.

Le grand imam de Djibo, au nord du Burkina Faso, enlevé mardi 11 août par un groupe armé, a été retrouvé mort samedi 15 août près du lieu du rapt, selon le gouvernement.

« Le gouvernement informe l’opinion nationale que le grand imam de Djibo (province du Soum), président de la communauté musulmane du Soum, M. Souaibou Cissé, enlevé le 11 août à Gaskindé par des hommes armés, a été retrouvé assassiné ce 15 août dans le village de Tilleré », écrit le ministre de la communication, Remis Fulgance Dandjinou.

Souaibou Cissé, grand imam de Djibo, 73 ans, avait été enlevé mardi 11 août « par un groupe d’individus armés, qui ont intercepté le car dans lequel il regagnait Djibo après un séjour à Ouagadougou », selon des sources de sécurité. Il est le seul passager du car à avoir été emmené par les ravisseurs.

Un « leader religieux modéré qui prônait la tolérance »

Président de la communauté musulmane de Djibo, présenté comme un « leader religieux modéré qui prônait la tolérance », Souaibou Cissé faisait partie de « ceux qui avaient refusé de quitter la ville malgré les menaces », selon des proches, rappelant qu’il avait à plusieurs reprises échappé à des attaques, notamment contre son domicile.

Il œuvrait depuis des années pour le rapprochement entre chrétiens et musulmans. Roger Sawadogo, journaliste et responsable de programme de la radio catholique burkinabé Notre-Dame-du-Sahel, dans le nord du Burkina Faso, explique dans un article de l’agence DW que Souaibou Ciss « représentait un pan de la résistance au niveau de la province du Soum ».

« Il était peul et leader religieux. Son assassinat montre à souhait que les terroristes ne font aucune distinction. Ils tuent pour des intérêts inavoués, occasionnant parfois des conflits intercommunautaires », réagit de son côté Amadou Dicko, un élu local de la région, évoquant une « grande consternation au sein de la communauté musulmane du Soum ».

Depuis plusieurs mois, Djibo est de plus en plus menacé, des groupes armés imposant un blocus à cette grande ville du nord, ce qui provoque des pénuries régulières de produits de première nécessité (denrées alimentaires, gaz, carburant et médicaments), selon des habitants.

1 100 morts et 1 million de déplacés à cause d’attaques djihadistes depuis 2015

Lors d’une visite surprise en juin, le président Roch Marc Christian Kaboré avait promis le retour des forces de sécurité dans cette ville.

Le Burkina Faso est le théâtre d’attaques djihadistes depuis cinq ans, surtout dans le nord et l’est du territoire. Ces attaques ont fait près de 1 100 morts et plus d’un million de déplacés depuis 2015.

Sous-équipées et mal entraînées, les forces de ce pays pauvre d’Afrique de l’Ouest n’arrivent pas à enrayer le cycle de violences, malgré l’aide de troupes étrangères, notamment des 5 100 militaires de la force française Barkhane, qui lutte contre les djihadistes dans le Sahel.

Clémence Houdaille (avec AFP)