«Le ministère du prêtre n’est pas lié à une prédestination, mais plutôt à un appel»

Père Francis Barbey/Guy Aimé Eblotié/LCA
10 avril 2020 1 commentaire

[Point de vue] : Le père Francis Barbey est prêtre du diocèse de San-Pedro, en Côte d’Ivoire, enseignant universitaire, spécialiste en éducation aux médias et écrivain.

Il est peut-être tout indiqué, en cette semaine de grâce, de redécouvrir brièvement le prêtre, et que tous ensemble nous rendions hommage à tous les prêtres dont le ministère si particulier nous dit Dieu et nous révèle son grand amour pour chacun de nous et pour toute l’humanité.

Ce que n’est pas le prêtre

Le ministère du prêtre n’est pas lié à une prédestination, mais plutôt à un appel. Toute la liturgie d’ordination le démontre. Le prêtre n’est pas un prédestiné, c’est un appelé. Ses « je le veux » et « je le veux avec la grâce de Dieu » aux questions de l’évêque, le jour de son ordination, en disent long sur son adhésion libre et confiante à un appel divin au service de l’Évangile du Christ. Si nous sommes prédestinés, ce n’est pas au ministère presbytéral, mais bien au salut comme tous les hommes (Ep 1, 4-5).

À côté de cette idée de prédestination que j’évoque, il y a une autre non moins problématique, et qui lui est associée, dans le sens de ce qui pourrait corrompre l’idéal presbytéral, et qui consiste à considérer le ministère presbytéral comme un métier, au sens sociologique du terme. C’est-à-dire un exercice qui doit nous mener vers les cimes sociales. C’est vrai qu’au cours de l’histoire de l’Église, le ministère s’est « professionnalisé » pour s’adapter aux réalités contextuelles, au point où le prêtre est reconnaissable dans des signes distinctifs parmi les autres corps de métier, sans pour autant que le ministère soit devenu en réalité un métier, au sens commun. Malheureusement, entre la professionnalisation qui est un fait, et l’exercice social d’un métier auquel le prêtre ne doit pas aspirer, il existe une réelle tension. Il y a d’un côté les exigences de l’appel et de l’autre le vif désir de réalisation et de promotion sociale qui habite tout homme. Cette tension est d’autant plus vive qu’elle a tendance à rendre souvent incertaines nos propres certitudes sur la façon de nous dessaisir de nous-mêmes pour entrer dans ce que le prêtre suisse Maurice Zundel appelle un état de pauvreté, c’est-à-dire pour nous « livrer » totalement et parfaitement au Christ comme le chemin de notre accomplissement humain. Ce n’est pas si simple, mais y aurait-il un autre chemin que celui d’une telle renonciation à nous-mêmes pour suivre le Christ dans l’appel qu’il nous adresse pour être les intendants de ses trésors de grâce pour le salut de nos frères et sœurs ? Évidemment, c’est non, parce qu’« un serviteur n’est pas plus grand que son maître, ni un envoyé plus grand que celui qui l’envoie (Jn 13, 16).

Prêtre, signe de la générosité et de la tendresse de Dieu pour le monde

Si le sacerdoce du Christ consiste à rétablir la communion parfaite entre Dieu et l’humanité de sorte que Dieu soit en nous et que nous soyons en lui pour toujours, il va sans dire que le ministère du prêtre suit le même chemin et a la même destinée. Dieu veut par le Christ sauver l’humanité. Et par pure grâce, il associe des fils de cette humanité à son œuvre de salut. Le dessein de Dieu a toujours été de nous témoigner son amour. Le péché n’a pas altéré cette volonté divine, parce que le fait de nous aimer est lié à la nature même de Dieu. Ce que nous sommes devenus par le péché n’enlève rien à ce que Dieu est de toute éternité, lui qui est dans un élan de donation perpétuelle et qui se donne par amour pour nous combler de grâces.

Le chemin de l’humilité

La donation aux autres demande une dépossession de nous-mêmes, un abaissement et une pauvreté assumés, tel que Dieu nous a montré le chemin en Jésus-Christ. Pour nous prêtres, le chemin de l’humilité pleinement assumée chaque jour comme la preuve du don total de notre vie à Dieu et à nos frères, sans ruse et sans arrière-pensées, nous donne de vivre dans la joie et dans l’émerveillement l’obéissance comme un moment de grâce, parce qu’il s’agit là aussi d’une possibilité d’abaissement qui nous est offerte et l’occasion d’apprendre à nous abandonner au Seigneur dans la confiance.

L’humilité nous donne également de vivre la chasteté, non pas comme un exercice méritoire au point de railler ceux qui peinent à y arriver, ou même comme le paravent d’une immaturité affective, mais comme une donation perpétuelle de tout notre être à Dieu et à nos frères et comme le lieu d’une vraie maturité affective. Enfin, l’humilité vécue dans le sens du Christ nous donne de vivre la pauvreté, non seulement comme partage de ce que nous avons et de ce que nous sommes, mais également comme la preuve tangible et suprême de notre dévotion entière à Dieu et que Lui seul nous suffit. Comme le dit si justement le jésuite français Pierre Teilhard de Chardin, « tout prêtre, parce qu’il est prêtre, a voué sa vie à une œuvre de salut universel. S’il est conscient de sa dignité, il ne doit plus vivre pour lui, mais pour le Monde, à l’exemple de Celui qu’il est oint pour représenter »

Père Francis Barbey

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