Le pape relance la réflexion sur le diaconat féminin

11 octobre 2019 : Portrait de Anne-Marie PELLETIER, théologienne, agrégée de Lettres modernes et docteure en Sciences des religions. Paris (75), France.
10 avril 2020 pas de commentaire

Après l’échec de la commission nommée en 2016, le pape François a annoncé mercredi 8 avril la création d’une nouvelle commission chargée de réfléchir sur le diaconat féminin et dont fera notamment partie la théologienne française Anne-Marie Pelletier.

Trois ans après une première commission dont le travail n’avait pas abouti, le pape répond donc à la demande exprimée lors du dernier Synode sur l’Amazonie, qui avait particulièrement réfléchi sur la question des ministères et sur la place des femmes dans l’Église : reprendre la réflexion sur le diaconat féminin. Le Saint-Siège a annoncé mercredi 8 avril que le pape François a décidé de créer une nouvelle commission d’étude sur sujet.

En août 2016, à la demande des religieuses du monde entier reçues quelques semaines plus tôt au Vatican, François avait en effet confié à une première commission présidée par Mgr Luis Ladaria, alors secrétaire de la Congrégation pour la doctrine de la foi, et aujourd’hui préfet et cardinal, le soin d’examiner le rôle des femmes diacres, « surtout au regard des premiers temps de l’Église ».

Un nouveau défi après l’échec de la première commission

Les théologiens de la commission s’étaient toutefois divisés sur la question de savoir si les diaconesses des premiers temps de l’Église recevaient ou non une ordination sacramentelle, avait reconnu François lui-même dans l’avion qui le ramenait de Skopje (Macédoine), en mai 2019.

« J’accepte la demande de reconvoquer la commission et peut-être de l’élargir avec de nouveaux membres pour continuer à étudier comment existait le diaconat permanent dans l’Église primitive, avait déclaré le pape dans son intervention conclusive du Synode amazonien, le 26 octobre dernier. Je relève le défi que vous avez lancé. »

Le communiqué publié mercredi par le Vatican fait toutefois état de l’institution d’une « nouvelle commission » et non d’un élargissement de l’ancienne, et pose comme sujet uniquement « l’étude du diaconat féminin », sans plus parler des premiers siècles de l’Église.

Un prêtre français au poste de secrétaire

Le cadre précis du travail de cette commission, qui sera présidée par le cardinal Giuseppe Petrocchi, archevêque de L’Aquila (Italie), un pasteur qui a beaucoup travaillé sur la formation des laïcs, n’est donc pas encore connu.

« La commission elle-même n’a pas encore pris connaissance de la demande précise du Saint-Père », explique à La Croix le père Denis Dupont-Fauville, secrétaire de la nouvelle commission qui, à cause du confinement lié au coronavirus, ne peut pas encore se réunir.

Ce prêtre du diocèse de Paris, âgé de 53 ans, est un spécialiste de saint Hilaire de Poitiers, auquel il a consacré, en 2007 à l’Université pontificale grégorienne, une thèse dirigée par l’actuel cardinal Ladaria sur le thème de la « communion ». Un sujet qui sera utile au théologien, également grand connaisseur de l’œuvre d’Henri de Lubac, tant le sujet du diaconat féminin peut être un sujet de division dans l’Église.

Une commission paritaire, laïque et internationale

La composition de la commission frappe à la fois par son caractère paritaire (cinq hommes et cinq femmes), laïc (deux prêtres) et international, allant de l’Ukraine aux États-Unis, en passant par la Grande-Bretagne et l’Espagne.

Outre la Suisse Barbara Hallensleben, professeure de dogmatique à l’Université de Fribourg et ancienne membre de la Commission théologique, on trouve notamment la théologienne française Anne-Marie Pelletier, prix Ratzinger 2014 qui, ces dernières années, s’est beaucoup consacrée à la place de la femme dans l’Église.

Un travail résumé dans son ouvrage L’Église, des femmes avec des hommes (1) dont elle était venue présenter l’édition italienne fin février à l’ambassade de France près le Saint-Siège lors d’une conférence où elle avait marqué un auditoire très divers par la finesse et la délicatesse de sa réflexion sur la manière dont l’Église a du mal à se défaire d’une réflexion trop masculine.

Salle pleine à l’ambassade de @FranceauVatican pour une rencontre avec la grande théologienne Anne-Marie Pelletier, qui vient de publier « L’Eglise, des femmes avec des hommes » @EditionsduCERFpic.twitter.com/db61UmUac1

— Nicolas Senèze (@NicolasSeneze) 28 février 2020

Interrogée par La Croix, elle se dit « un peu ambivalente » sur le diaconat féminin. « À vrai dire, je ne sais pas si c’est la meilleure solution car, avec des diaconesses, il y a le risque de créer une nouvelle caste », explique-t-elle.

Un large champ de réflexion

« Est-ce que la meilleure solution pour lutter contre le cléricalisme est d’intégrer les femmes au ministère clérical ? », s’interroge-t-elle encore, rejoignant ainsi une interrogation récurrente du pape François. « C’est d’ailleurs pour cela que je suis hostile à l’ordination des femmes. »

Des interrogations qui montrent le large champ de réflexion qui s’ouvre à la nouvelle commission : l’ouverture aux femmes du ministère de diacre, la création d’un ministère laïc spécifique de diaconesse, distinct du ministère ordonné. Voire rien du tout…

Nicolas Senèze, à Rome

(1) Cerf, 248 p., 19,50 €

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