L’Église sud-africaine appelle à la fin des violences faites aux femmes et aux enfants


La Commission Justice et Paix de la Conférence des évêques catholiques d’Afrique du Sud a publié, le 15 juin, « un appel à la fin de la pandémie de violence à l’égard des femmes et des enfants ». Depuis l’assouplissement du confinement lié au Covid-19, les violences faites aux femmes et aux enfants ont ressurgi dans le pays.

« Nous continuons d’assister à des déclarations choquantes de meurtres aveugles et insensés de femmes et de filles innocentes, ce qui équivaut à une guerre civile ! », a regretté Mgr Victor Phalana, président de la Commission épiscopale Justice et Paix de la Conférence des évêques catholiques d’Afrique du Sud. « La Commission Justice et Paix de la conférence des évêques catholiques d’Afrique australe (Sacbc) condamne fermement et sans réserve la récente flambée de violence et de féminicide sexistes qui a une fois de plus éveillé son horrible tête à l’échelle nationale depuis que le pays est entré au niveau d’alerte 3 du verrouillage de Covid-19 », a-t-il poursuivi dans son « appel à la fin de la pandémie de violence à l’égard des femmes et des enfants » publié le 15 juin sur le site Internet de la Sacbc.

La déclaration de l’épiscopat sud-africain intervient après une nouvelle série de crimes crapuleux commis au cours des dernières semaines dans le pays. Dans cette triste série de meurtres qui a frappé des dizaines de femmes sur tout le territoire, selon la police, il y a l’assassinat d’une femme de 28 ans enceinte de huit mois, dont le corps a été retrouvé poignardé et pendu à un arbre le 8 juin 2020 à Roodepoort, une banlieue de l’ouest de Johannesburg.

Quelques jours plus tard, le 12 juin, le corps d’une autre jeune dame avait été retrouvé enterré sous un arbre à Soweto, alors que ce même jour, une troisième a été tuée à coups de couteau. Bien que les féminicides soient assez fréquents en Afrique du Sud, la police sud-africaine estime que les meurtres de femmes ont grimpé depuis l’assouplissement, fin mai, du confinement instauré en Afrique du Sud, le pays le plus touché par le coronavirus en Afrique avec 101 590 cas au 22 juin.

« Davantage peut et doit être fait »

Pour tenter de freiner ce fléau qui ternit son image, le gouvernement sud-africain a, selon les évêques, « réagi à la violence sexiste dans le passé récent, par l’introduction de sanctions plus sévères pour les auteurs, l’introduction de tribunaux pour les délits sexuels et la nomination d’un comité directeur qui a élaboré une stratégie nationale stratégique ». Cependant, « nous pensons que davantage peut et doit être fait pour lutter contre ce fléau », a fait savoir Mgr Victor Phalana.

À ses yeux, il faut repenser l’approche de la violence sexiste et du féminicide en s’inspirant du plan de riposte contre la pandémie de Covid-19 qui a vu la participation des ministères, du secteur des entreprises, de la société civile et des citoyens ordinaires. « Si les ministères, le secteur des entreprises et la société civile pouvaient rassembler des milliards de ressources financières et, avec les citoyens ordinaires, se conformer à des mesures de distanciation physiques et sociales strictes dans la lutte contre Covid-19 (« l’ennemi invisible »), nous estimons qu’il est possible d’utiliser une approche agressive et holistique similaire dans la lutte contre la violence sexiste et le féminicide ».

« Pardonnez-nous »

L’Église sud-africaine entend elle aussi jouer son rôle dans cette lutte en travaillant avec le gouvernement pour assurer une société plus sûre pour les femmes et les enfants. Dans ce sens, elle appelle toutes les églises à s’informer sur cette question et à prêcher ce message : « Dieu dit non à la violence infligée par les hommes aux femmes et aux enfants. Dieu a créé tout notre être : le cœur, l’esprit et le corps. Ces corps qui sont agressés sont aimés par Christ. Ces corps restent précieux. Dieu pleure profondément lorsque nous infligeons de la violence basée sur le genre à quiconque ».

Elles doivent en outre conduire les auteurs à obtenir l’aide dont ils ont besoin, et également œuvrer à la guérison des victimes. « Notre travail doit être d’éduquer et de prévenir la violence basée sur le genre. En tant qu’Église, nous avons contribué à ce fléau par notre déni, notre silence, notre résistance et notre manque de préparation. Pardonnez-nous. »

Guy Aimé Eblotié