Père Ludovic Lado/ capture d’écran youtube.

[Cultes traditionnels africains] : Les Bamiléké sont un peuple vivant principalement dans l’Ouest du Cameroun et connu pour sa riche spiritualité.

Le père Ludovic Lado, prêtre jésuite et anthropologue originaire du Cameroun donne quelques clés de compréhension de la structure religieuse de ce peuple.

La Croix Africa  : Quelle est la structure religieuse traditionnelle des Bamiléké ?

Père Ludovic Lado : La structure religieuse traditionnelle des Bamiléké est centrée sur la vénération des reliques des ancêtres. Pour être « ancestralisé » – c’est-à-dire vénéré comme ancêtre — il faut remplir un certain nombre de conditions : être mort de bonne mort (les morts par noyade, suicide, etc. sont exclus) ; être marié et avoir laissé une progéniture ; avoir fait montre d’une grande intégrité morale de son vivant ; avoir fait l’objet des cérémonies festives d’« ancestralisation », etc. Après l’enterrement et le deuil, on attend quelques années avant d’organiser une cérémonie pour exhumer le crâne et le ramener dans le sanctuaire familial où on peut trouver les crânes des autres ancêtres qui ont précédé le défunt. C’est ce lieu de crâne qui est le site des sacrifices et des actes de vénération. C’est le lieu sacré par excellence de la concession familiale où les descendants des défunts « ancestralisés » viennent faire des offrandes. Mais les ancêtres ne sont pas des divinités, mais des intermédiaires entre Dieu et les hommes. On ne s’adresse pas directement à Dieu, mais aux ancêtres.

Existe-t-il chez les Bamiléké, un le culte des ancêtres ?

Père Ludovic Lado : Je ne sais pas si le terme « culte » convient. Je parlerais plutôt de vénération des ancêtres. Il s’agit, pour le descendant du défunt « ancestralisé » d’offrir des sacrifices sur le lieu sacré où le crâne exhumé est entreposé. Ça peut être pour demander une faveur (protection, santé, travail, réussite, etc.) pour soi ou pour un membre de sa famille ; ça peut être aussi pour les remercier pour une faveur obtenue. C’est souvent le successeur du défunt ancestralisé qui conduit le sacrifice qui consiste à asperger le lieu d’huile de palme, de sel, ou de sang d’animaux (poule, chèvre, etc.). En général, on y a recours quand on a le sentiment qu’on court un danger ou que rien de marche pour soi et les siens. La terre du lieu où est entreposé le crâne de l’ancêtre est aussi sacrée et on peut en emporter pour en frotter ou marquer le front de ses enfants en disant des bénédictions.

Qu’est-ce qui, dans les pratiques rituelles de Bamiléké, n’est pas conciliable avec le christianisme ?

Père Ludovic Lado : Pour ma part, je n’en vois pas. On peut comparer ces sacrifices à ceux de l’Ancien Testament. Par rapport au christianisme, je considère la vénération des ancêtres comme l’Ancien Testament de mon peuple. Il traduit en quelque sorte « la communion des saints » qui inclut les défunts. C’est pour cela que bien de théologiens africains ont approfondi la notion de l’ancestralité en faisant un rapprochement entre le Christ et la figure de l’ancêtre au sens africain du terme (Christ our Ancestor est par exemple le titre du livre d’un théologien Tanzanien, Charles Nyamiti) ou entre les saints est la figure ancestrale (nombre de thèses de théologie existent sur ce sujet). Mais ce que le clergé a tendance à décourager sur le plan pastoral chez les laïcs, c’est la partie sacrifice des chèvres ou poules et les libations à l’intention des ancêtres. Mais la réalité est que beaucoup sont à l’église tant que les choses vont bien mais en situation d’insécurité existentielle, on court au village consulter les devins et ça finit souvent par les sacrifices faits aux ancêtres pour implorer leur secours.

Recueilli par Lucie Sarr